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L’amour au temps du coronavirus

Elle est magnifique cette faculté qu’ont les humains de générer du beau à travers le chaos...

L’amour au temps du coronavirus
AFP

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Une pause imposée de laquelle il nous faut profiter...

Ce n’était pas comme lorsque l’école est fermée pour cause de tempête de neige. Les enfants étaient à la maison et, solennelles, avec moi, elles s’intéressaient au point de presse du premier ministre François Legault.

L’amour au temps du coronavirus
Photo Didier Debusschère

Oui, oui, une de ces rares fois où mes filles regardent la télévision câblée, cet anachronisme. 

L’école était fermée en ce vendredi et je leur avais expliqué que le premier ministre et ses collègues allaient annoncer la suite des choses lors de ce point de presse. Car les enfants voulaient savoir si l’école serait fermée « longtemps, longtemps ». 

L’attente ne fut pas longue, le PM Legault prenant le temps de remercier les Québécois, le personnel soignant, un point de presse sans failles. Un PM rassurant et digne en ce temps de crise. 

L’école sera donc fermée pendant deux semaines. 

Généralement, quand il y a tempête de neige et que l’école devient inaccessible, les enfants festoient, courent dans la maison. Pas cette fois. Calmement, nous avons discuté de la situation, du coronavirus, des procédures qu’il fallait respecter- se laver les mains, pas de poignées de main, etc. – du pourquoi il fallait tout arrêter le plus possible et des risques aussi. 

Plus tôt dans la journée, une psychologue à la radio d’État avait expliqué qu’il fallait laisser les enfants poser des questions, que cela nous permettait, nous parents, de voir où en était leur degré d’intérêt et de compréhension de la chose. Ce fut utile cette entrevue. 

Un deux semaines de décroissance, de temps à meubler, un bel espace pour se rapprocher de siens. Voilà ce que nous avons décidé. J’ai dit aux enfants qu’on irait voir grand-maman, ma mère, cette merveilleuse miraculée. Je vous en ai déjà parlé ici. Parlant de personnel soignant, ces anges ont sauvé ma mère...

En préparation de ma chronique à la radio avec le collègue Richard Martineau, j’avais demandé par le truchement de mes réseaux sociaux que l’on m’envoie des histoires belles, inspirantes, que permet cette période de pause imposée. J’ai parlé de ce couple, un médecin retraité et sa conjointe, infirmière, tous deux de l’Outaouais, qui ont dédié le temps qu’ils auraient dû passé en voyage dans le sud à du bénévolat en CHSLD auprès d’une clientèle particulièrement vulnérable.

J’ai été très touché aussi par ce témoignage d’un père de Sherbrooke, travailleur de la construction, qui m’écrit que son patron a décidé de faire une pause. « Une semaine à la fois. » Ce père m’explique que son travail très prenant ne lui avait pas permis de passer de longs laps de temps avec ses deux jeunes enfants.

« Mon petit gars commence à marcher. Il veut grimper partout! On va virer la maison à l’envers pis je te jure, il va en avoir du fun! »

J’sais pas, ça m’a beaucoup touché cette conversation avec lui. Des gars comme lui j’en connais des tonnes. Des gars qui font des semaines de 70-8- heures, qui mangent de l’ouvrage, qui font des métiers tough, pas derrière un clavier, comme moi... 

Du temps. Juste un peu de temps. Nos vies folles, la face dans les écrans, bombardés que nous sommes par mille distractions. Juste un peu de temps. Ça va faire du bien. 

Ce sera utile aussi. On va finir par « l’aplanir cette damnée courbe ». Ensemble. On va y arriver. On va le faire ensemble. 

« Même l’époque accablée est digne de respect »

En pensant à cette époque un peu trouble, je me rappelle cette faculté qu’ont les humains de générer du beau à travers le chaos. 

L’amour au temps du coronavirus
AFP

Le journaliste François Beaudonnet, correspondant de France Télévision en Italie, m’a beaucoup ému par son partage de moments très émouvants de l’Italie en quarantaine. C’est que depuis quelques jours, les Italiens combattent cet isolement forcé en sortant sur leurs balcons midis et soirs, et en chantant ensemble.

C’est beau, c’est inspirant, c’est émouvant.

En terminant, ces quelques mots écrits par Walter Rathenau, industriel, écrivain et homme politique allemand d’origine juive du début du XXe siècle. Une des premières victimes de l’antisémitisme de cette période de grande noirceur : 

« Même l'époque accablée est digne de respect, car elle est l'œuvre, non des hommes, mais de l'humanité, donc de la nature créatrice, qui peut être dure, mais n'est jamais absurde. Si l'époque que nous vivons est dure, nous avons d'autant plus le devoir de l'aimer, de la pénétrer de notre amour, jusqu'à ce que nous ayons déplacé les lourdes masses de matière dissimulant la lumière qui luit de l'autre côté. »

Pour ma part, un beau deux semaines à passer auprès de ceux que j’aime pendant qu’on aplanit la courbe...