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«Les collines de Bellechasse» de Marthe Laverdière: affreux secrets dans la campagne

Marthe laverdière
Photo courtoisie, Pascal Rameux Marthe Laverdière

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Un médecin infanticide de connivence avec le curé, des viols dissimulés, des vies perdues et un amour salvateur : Marthe Laverdière sort du jardinage et du créneau humoristique pour entrer dans un univers dramatique avec son tout premier roman, Les collines de Bellechasse. Il n’y a pas à dire, les rangs de Bellechasse dissimulaient d’affreux secrets au tournant du siècle dernier.  

Marthe Laverdière s’est inspirée de témoignages et d’histoires qui lui ont été racontées au fil du temps dans son comté pour construire ce premier roman. L’histoire est campée au début du 20e siècle à Armagh, petit village du Piémont-des-Appalaches.  

Eva Audet, une belle fille discrète employée dans une famille bourgeoise de Québec, est renvoyée de force dans sa famille après qu’on ait découvert que son patron l’avait engrossée.   

Sur l’ordre du curé, un homme torturé et despotique, le médecin accoucheur a assassiné le bébé à la naissance, en l’étouffant avec un oreiller.  

Eva, dévastée comme on se l’imagine, deviendra sage-femme et fera tout pour sauver le bébé de sa sœur cadette, des années plus tard.   

Marthe Laverdière, avec la verve qu’on lui connaît, a entremêlé les cas vécus et des personnages de son invention dans son premier roman, comme des plantes grimpantes s’enroulant autour d’une pergola.  

« Ce roman, c’est fictif, mais c’est basé sur trois petits bouts d’histoires vraies que j’ai entendues ici, d’une personne qui était très âgée. Dans le livre, on a un médecin qui va tuer des bébés illégitimes ou infirmes. J’ai entendu ça d’une madame qui était venue à la serre, ça doit faire au moins 25 ans, et elle avait dans les 80 ans. Sa mère était sage-femme et lui disait qu’elle voyait ça, de temps en temps », raconte-t-elle en entrevue. « La bonne femme avait l’air de trouver ça normal. »  

Une figure d’autorité du temps  

Si le personnage du médecin est près de la vérité, celui du curé est fictif et c’est lui qui portera le chapeau.  

« Ça me prenait une figure d’autorité du temps parce que je ne voulais pas que mon médecin soit le méchant gars de l’affaire. Cette femme-là me disait : “En plus, ce pauvre gars-là, il aime les hommes”. Je le voyais blessé, quand cette dame-là me racontait l’histoire. »  

Dans le roman, une femme va adopter l’enfant de sa sœur. « Ça, c’est une histoire vraie, note Marthe. Dans ce temps-là, quel choix les familles avaient-elles ? Soit qu’elles donnaient les enfants à la crèche — et tu ne revoyais pas ces enfants. Souvent, on faisait passer ça pour la grossesse d’une cousine qui reste à Québec et qui est morte en couches... mais personne ne connaissait la cousine en question. Ou bien c’étaient des bébés prématurés... » ajoute-t-elle.  

Les gens n’étaient pas dupes... mais agissaient selon les convenances du temps. « C’étaient des choses qu’on oubliait assez rapidement parce que c’était fréquent. »  

* En librairie le 25 mars

Les collines de Bellechasse, tome 1 : Eva<br/>
Marthe Laverdière<br/>
Les Éditions de l’Homme<br/>
192 pages
Photo courtoisie
Les collines de Bellechasse, tome 1 : Eva
Marthe Laverdière
Les Éditions de l’Homme
192 pages