/misc
Navigation

Les fans sans-abri

Coup d'oeil sur cet article

Le 11 septembre 2001, le monde libre a perdu son innocence. Les terribles attentats commis à une époque non obscurantique ont atteint leur objectif : déclencher le chaos, semer la peur. 

Or, voilà, une fois tombées les tours, une fois dénombrées les pertes de vies humaines, la fureur de vivre et de reconstruire a occupé toute la place. Un mouvement de solidarité s’est déclenché, les gens se sont rassemblés. Ces événements, bien que d’une violence sans nom, furent heureusement circonscrits. 

Lors de l’abîme, le sport a été, comme son devoir le commande, une terre d’accueil, un premier refuge. Une façon pour les gens de se rassembler, de s’enlacer, de pleurer en silence lors de cérémonies émotives. Puis de partager une bière, un bretzel géant et de s’étreindre de la victoire de leurs favoris. 

Lentement mais sûrement, en grande partie grâce au sport, les gens ont pu, à défaut d’oublier, mettre un baume sur leurs plaies vives. 

L’adversaire est sans pitié  

Pas cette fois. Cette fois, l’adversaire est plus redoutable. Sournois, invisible, étendu et généralisé, il peut être juste là à côté de nous sans que nous ne le sachions. Il entre sans faire de bruit, il s’installe et ensuite il frappe. On connaît peu de choses de cet adversaire. On ne peut pas étudier de films sur lui. On l’affronte à l’aveugle. Comme si on devait monter sur le ring face à Artur Beterbiev sans camp d’entraînement. Comme si juste avant le son de la première cloche, l’arbitre nous bandait les yeux en nous souhaitant bonne chance pour survivre... 

Pour combattre la COVID-19, la santé publique doit abrutir le tissu social. Forcer les gens à rester chez eux. Provoquer l’isolement, grand ennemi s’il en est un. Il n’y aura ainsi plus de sport pendant un bout. Pas même à huis clos, ce qui aurait pu servir de méthadone. 

Le meilleur remède aux maux des peuples est en rupture de stock. Le refuge de prédilection est fermé. Le partisan de sport est désormais un sans-abri.  

La nostalgie comme soupape 

Le vide sera immense. Cela va générer de la créativité. La nostalgie risque de devenir la drogue du bonheur. On se souviendra la trilogie Hilton-Ouellet, on se repassera les grandes batailles de Jean Pascal, on relancera le débat sur l’affrontement du 31 décembre 1975 entre le Canadien et l’équipe de l’Armée rouge comme étant ou non le meilleur match de hockey de l’histoire. On revivra Canadien-Nordiques avec des tables rondes qui permettront, au-delà de la boutade, de trouver les vraies réponses aux vraies questions : le but d’Alain Côté était bon ! 

Bonne nouvelle s’il en est une, notre devoir de mémoire, de plus en plus bafoué, va nous rappeler à l’ordre.  

Et puis, on prendra des nouvelles des nôtres. On craindra le pire en espérant le mieux. Et on honorera le Renaud d’Annie et ses hommes, mais à longueur de semaine. « C’est vendredi on fait l’amour... » « C’est samedi on fait l’amour... » « C’est dimanche on fait... », enfin vous comprenez. 

Évidemment avec des gants en caoutchouc. Partout, partout, le caoutchouc...