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Après le face-à-face Biden-Sanders, l'investiture démocrate est pratiquement scellée pour Joe Biden

Un débat dominé par la crise de la COVID-19

Après le face-à-face Biden-Sanders, l'investiture démocrate est pratiquement scellée pour Joe Biden
AFP

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Le face-à-face de dimanche et les élections primaires dans quatre États mardi devraient donner à Joe Biden un avantage pratiquement insurmontable.

Les deux derniers épisodes de la campagne des primaires démocrates—le Super Mardi du 3 mars et son écho du mardi 10 mars—ont fourni à Joe Biden une avance substantielle sur Bernie Sanders dans le compte des délégués et, surtout, lui ont donné un «momentum» qui se reflète dans une avance imposante de 55% à 34% dans les sondages nationaux (RealClearPolitics). C’est pourquoi le débat de dimanche soir était crucial pour Sanders pour donner un élan à sa campagne. 

Biden sort gagnant du débat

Il serait toutefois extrêmement improbable que ce débat puisse fournir cet élan à la campagne de Sanders. Au contraire, il est plus probable qu’il permette à Joe Biden de consolider son avance, désormais pratiquement insurmontable. Ce face-à face sans public, pour cause de coronavirus, a été à plusieurs égards la meilleure performance en débat de Joe Biden depuis le début de cette campagne. Sanders a été fidèle à lui-même et a bien performé, comme d'habitude, mais il avait besoin d'une victoire décisive pour marquer des points et il ne l'a pas eue. On lui reprochera aussi sans doute d'avoir trop insisté pour attaquer le bilan de Biden, ce qui pourrait fournir des munitions à son rival à l'élection présidentielle.

Il y a quelques semaines à peine, Bernie Sanders semblait être le gagnant le plus probable dans un champ fractionné où sa solide base partisane, qui regroupe environ le tiers de l’électorat démocrate, lui donnait l’occasion de se faufiler contre plusieurs adversaires et d’espérer obtenir une pluralité de délégués. Ce scénario ne pouvait toutefois tenir que si le reste du champ demeurait divisé pendant un bon bout de temps. Aujourd’hui, c’est Joe Biden qui a le vent dans les voiles et, même si certains de ses critiques devaient s'attendre à ce qu'il s’écrase pendant le débat, il a été solide. 

Un débat dominé par un virus

Il a été beaucoup question de la COVID-19 dans ce débat et l’enjeu a permis à Biden de tirer parti d’un de ses principaux atouts personnels: sa capacité de projeter la compassion. De plus, dans une atmosphère de crise, Biden a résumé en une phrase clé l’une des raisons pour lesquelles il recueille un plus large appui que Sanders: «Les gens veulent des résultats, pas la révolution.» Ce débat a soulevé la différence fondamentale entre ces deux candidats. 

Pour Sanders, la crise du coronavirus met en évidence des failles fondamentales du système de santé américain. Il a absolument raison, mais dans ce genre de crise le public en proie à l’insécurité a plus de chance de suivre celui qui propose des solutions atteignables que celui qui promet une refonte de fond en comble du système, qui représente pour plusieurs un saut dans l’inconnu.

Biden solidement en tête

Il n’y a donc pas de raison majeure de croire que le vote de mardi en Floride (219 délégués), en Illinois (155), en Ohio (136) et en Arizona (67) devrait dévier significativement de ce que les sondages récents permettent de prédire, soit quatre victoires convaincantes de Joe Biden. En Floride, tous les sondages pris en mars laissent présager une victoire écrasante de Biden. La moyenne des sondages de RealClearPolitics lui donne une avance de 65% à 23% (voir ici). En Illinois, Biden mène en moyenne par 60% à 30% (voir ici). En Ohio, dans le seul sondage récent disponible, Biden mène par 57% contre 35% pour Sanders. En Arizona, Biden mène en moyenne par 48% à 26% (voir ici).

Le ralliement de Sanders n’est qu’une question de temps

Il ne serait donc pas entièrement exclu que Bernie Sanders provoque la surprise mardi soir en annonçant son ralliement à Joe Biden, d’autant plus que plusieurs États commencent à envisager des mesures draconiennes pour accommoder la réalité nouvelle d’une campagne électorale en période de pandémie. S’il ne le fait pas sur le champ, ce ne sera vraisemblablement qu’une question de temps, puisque les sondages nationaux et ceux tenus dans les États qui n’ont pas encore voté ne permettent pas beaucoup d’optimisme pour la campagne du sénateur du Vermont.

Bernie Sanders, qui entretenait l’espoir de gagner la nomination avec entre 35% et 40% du vote des primaires démocrates, devrait finir par perdre avec entre 35% et 45% du vote. Le ton du débat d’hier et la réelle amitié entre Sanders et Biden (ce n’était pas le cas en 2016 avec Hillary Clinton), permettent de croire que Sanders fera tout en son pouvoir pour aider la campagne de Biden contre Donald Trump. Est-ce que les irréductibles «Bernie Bros» suivront son exemple? Ça reste à voir, mais la perspective d’une opposition démocrate unifiée longtemps avant le dernier droit de la campagne électorale pour la présidence et le Congrès est de très bon augure pour un parti qui semblait, il y a un mois à peine, destiné à s’empêtrer dans ses divisions.

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Pierre Martin est professeur de science politique à l’Université de Montréal et directeur de la Chaire d’études politiques et économiques américaines au CÉRIUM. On peut le suivre sur Twitter: @PMartin_UdeM