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Le coronavirus, prétexte à une dérive autoritaire de Trump?

Le président américain Donald Trump
Photo AFP Le président américain Donald Trump

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Donald Trump jalouse Vladimir Poutine et sa gouvernance autoritaire. Son alter ego vient de demander à la Cour constitutionnelle de Russie d’entériner sa modification à la constitution qui lui permettrait d’exercer deux autres mandats de six ans, après la fin de son mandat actuel, en 2024. Ces changements constitutionnels ont déjà été approuvés par les deux chambres du Parlement russe.  

Le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine
Photo d'archives, AFP
Le président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine

Je crains que cela donne des idées à Trump. C’est une perspective terrifiante d’autant plus plausible que, jusqu’à maintenant, sa gestion de la crise du coronavirus a révélé ses graves carences intellectuelles, décisionnelles et affectives.   

Lors de sa désastreuse adresse télévisée à la nation, l’homme a été incapable d’établir un lien émotionnel avec les dizaines de millions d’Américains dont la vie est bouleversée par le coronavirus. On ne pouvait s’attendre à autre chose d’un mégalomane narcissique obsessionnel et solipsiste. Il n’y a pour Trump d'autre réalité que lui-même.   

Il se rend compte que ses mensonges et ses dénégations de responsabilité vis-à-vis du chaos dans lequel le coronavirus a plongé le pays ne sont crus par personne. Le chapiteau est sur le point de tomber sur le cirque sinistre de Donald Trump et de sa bande de clowns tristes. Le coronavirus est une menace existentielle pour sa présidence... à moins qu’il trouve une façon de s’en servir.   

La pandémie pourrait lui servir de prétexte pour tenter de contourner des entraves constitutionnelles, judiciaires et politiques qui limitent sa volonté de puissance. Et pour y arriver, il peut compter sur l’appui du Sénat où ses poodles républicains dociles sont majoritaires, mais pas sur la Chambre des représentants, aux mains des démocrates, qui va mener une opposition acharnée à ses ambitions despotiques. Ce qui ne devrait pas l’empêcher de tenter de les réaliser. La procédure de destitution que les représentants démocrates ont engagée contre lui s’est révélée un fiasco.   

Les conditions sont donc propices pour que Trump demande plus de pouvoirs pour faire face à la situation. Il pourrait même donner la Chine en exemple comme type de leadership requis en période de crise, comme c'est le cas actuellement avec la COVID-19. Parallèlement, selon son habitude, il va accuser les «ennemis de l'État», les journalistes, d’amplifier la gravité de la crise et de mettre en cause son leadership exemplaire. Les contradictions et les incohérences ne lui ont pas nui jusqu’à maintenant!    

Il est à redouter que la pandémie catalyse les impulsions autoritaires de Trump et l’amène à déclarer l'état d'urgence. Il pourra ainsi utiliser les pouvoirs extraordinaires que cela lui confère pour imposer sa volonté. Quelque 500 lois fédérales prennent effet à la suite d'une déclaration présidentielle d'urgence. Il aura, entre autres, l'autorité légale de déployer des militaires sur le territoire national.   

Jusqu’où va-t-il aller? Y aura-t-il une élection présidentielle en 2020? Si la pandémie de coronavirus a des conséquences économiques, sanitaires et sociales catastrophiques, aux États-Unis, et que Trump traîne dans les sondages, il mettra en doute la sagesse et la légitimité de tenir un scrutin en novembre et tentera de le faire reporter. Il pourrait aussi, dans un autre scénario plus épeurant, demander à ses partisans de les boycotter et refuser d’en reconnaître le résultat. Mais c’est là une autre histoire.   

Je souligne, en terminant, que la limite à deux mandats présidentiels est relativement récente. Le président Franklin D. Roosevelt a remporté quatre mandats. Il avait décidé, en 1940, à cause de l’imminence de la guerre, de rompre avec la précédente limite de deux mandats établie par George Washington en 1796. Roosevelt a remporté sa quatrième élection en 1944. Il est mort dans l’exercice de ses fonctions en 1945. Ce n’est qu’en 1951 que fut ratifié le 22e amendement à la Constitution, parrainé par les républicains, qui limite à deux les mandats présidentiels. Depuis, des membres du Congrès ont tenté sans succès de le faire abroger.