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Sommes-nous prêts pour la crise?

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On assiste à une tempête économique si parfaite qu’elle est presque digne d’un roman. Au premier chapitre, les nations autochtones décident de bloquer les chemins de fer et le gouvernement tarde à agir.  

Au second chapitre, l’Arabie saoudite décide d’ouvrir les vannes de pétrole et d’en faire plonger le prix.  

  • Écoutez l'entrevue de Jean-Denis Garon avec Jonathan Trudeau à QUB Radio:

On n’attend maintenant que la conclusion : l’immobilisation du pays face à la menace du coronavirus. Tout en espérant que la fin sera heureuse.   

Ralentissement en vue 

Comme on pouvait s’y attendre, les inquiétudes se multiplient. En commençant par le gouverneur de la Banque du Canada, qui s’attend à d’éventuelles mises à pied. La banque centrale s’inquiète aussi de l’endettement des ménages et de ce qui pourrait advenir si le secteur immobilier ralentissait.   

Mais à contre-courant se trouve le gouvernement Legault. Dans le budget présenté la semaine dernière, Québec affirme que les fondamentaux de notre croissance économique et la santé de nos finances publiques sont assez solides pour faire face à la crise. 

Une réserve de 14 milliards $ ? 

Le budget du gouvernement, présenté mardi dernier, affichait des surplus budgétaires et des augmentations de dépenses. On y prévoit une croissance économique de 2 % pour 2020, ce qui serait une bonne performance dans les circonstances.  

En plus de cela, le ministre des Finances a dit pouvoir recourir à la fameuse réserve de stabilisation du gouvernement en cas de crise. Une réserve que le gouvernement nous présente comme un fonds d’urgence. Une sorte de gros bas de laine. 

Or, rien n’est plus faux. Dans les faits, le gouvernement n’a pas cet argent dans ses coffres.  

La somme de 14 milliards de dollars à laquelle le ministre fait référence représente simplement une somme, écrite sur un post-it, des surplus budgétaires passés.  

Ces fameux 14 milliards $ ont déjà été utilisés pour repayer la dette. Ce qui veut dire... qu’il nous faudra les emprunter et augmenter la dette pour pouvoir les utiliser.  

Le gouvernement Legault nous confirme donc qu’il est prêt à faire des emprunts pour faire face à la crise. Ce qui est compréhensible, mais caché aux contribuables.  

L’importance d’être diversifiés 

Lors de la crise financière de 2007, le Québec a moins souffert que plusieurs autres provinces. C’est que notre économie était bien diversifiée, ce qui la rend moins vulnérable aux chocs économiques.  

Au Québec, la croissance économique et l’emploi sont généralement moins volatils qu’ailleurs. On ne peut toutefois pas en dire autant d’une province comme l’Alberta ou Terre-Neuve, qui ont tout risqué sur le pétrole.   

Mais à l’aube d’une nouvelle récession, le Québec affichera toutefois une nouvelle vulnérabilité : l’immobilier. Les flambées de prix y ont attiré beaucoup d’investissements, gonflant l’importance de ce secteur dans notre économie.  

Un ralentissement dans l’immobilier nous toucherait donc davantage qu’auparavant. C’est ce qui est arrivé à l’Ontario et à la Colombie-Britannique en 2007.  

Alors, sommes-nous prêts pour faire face à une récession ? Probablement plus que jamais auparavant. Mais peut-être un peu moins qu’on s’imagine.  


Jean-Denis Garon est professeur à l’ESG-UQAM