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Les hôtels du Québec désertés

Le départ précipité des touristes rend les fermetures et licenciements inévitables

Fairmount Hotel
Photo Martin Jolicoeur D’ordinaire bouillant d’activités, le hall d’entrée du grand hôtel Fairmont Le Reine Elizabeth de Montréal était complètement désert, à 17 h 30 hier.

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Des halls totalement déserts, des annulations par dizaines de milliers et un taux d’occupation qui frôle 0 % : encore impensable la semaine dernière, le « scénario catastrophe » de l’industrie hôtelière se confirme au Québec.

« Oh mon dieu. C’est majeur. » Au bout du fil, la voix de Manuela Goya, porte-parole de Tourisme Montréal, ne laisse planer aucun doute. 

Il y a quelques jours encore, on espérait pouvoir sauver les meubles. C’était avant les appels à rester chez soi du gouvernement Legault et, hier, la décision d’Ottawa de fermer les frontières à tous les étrangers, sauf les Américains. 

« Des licenciements massifs » dans le secteur de l’hôtellerie sont à prévoir, tant à Montréal qu’à Québec, soutient une note interne obtenue par Le Journal

Certaines mises à pied temporaires ont déjà eu lieu, sans qu’on puisse les chiffrer. 

On s’attend à ce que les établissements québécois de certaines grandes chaînes d’hôtels parviennent à passer à travers. 

Pour les indépendants, fermetures temporaires et permanentes sont « prévisibles ».  

Kristel Boyer et Fabien Perrot, deux ingénieurs de Grenoble en France, sont arrivés il y a une semaine pour un séjour de deux semaines au Québec.
Photo Martin Jolicoeur
Kristel Boyer et Fabien Perrot, deux ingénieurs de Grenoble en France, sont arrivés il y a une semaine pour un séjour de deux semaines au Québec.

Année « exceptionnelle » avortée 

« À pareille date l’an dernier, le taux d’occupation était de 65 %. 2020 devait être une année exceptionnelle. On avait les championnats de patinage artistique, plusieurs congrès affichaient complet. Montréal n’avait jamais été aussi attirante pour les touristes. C’est du passé », dit Mme Goya.

Pas moins de 10 000 nuitées avaient déjà été annulées la semaine dernière. Le taux d’occupation était déjà à zéro ou presque pour le mois de mars. Au Sheraton de Montréal, par exemple, on estimait vendredi à 60 nuitées l’achalandage cette semaine, pour une capacité de 530 chambres. La situation a empiré depuis. 

Porte-parole du plus important syndicat d’employés hôteliers au Québec, Michel Valiquette confirme que des mises à pied sont déjà survenues. 

« Les départements de banquets ferment d’un coup, les hôtels, ça va venir. Ça déboule tellement vite que c’est difficile de suivre. On va essayer qu’il y ait le moins de dommages possible pour les employés. On sait qu’il y en aura », dit le trésorier de la Fédération du commerce-CSN, qui représente 6000 travailleurs dans le milieu touristique. 

Maigre « consolation » pour la métropole, le fait que son aéroport international demeure ouvert signifie que certaines personnes dont les vols de retour auront été détournés ici pourraient potentiellement nécessiter une nuitée.

Croisés devant le Reine Elizabeth, les Français Kristel Boyer et Fabien Perrot s’apprêtaient d’ailleurs à repartir, après des vacances interrompues au Québec. 

« Nous nous disions que si nous ne partions pas maintenant, nous risquions de ne pas pouvoir le faire plus tard », a dit M. Perrot. Tant pis pour le voyage de motoneige.

–Avec la collaboration de Martin Jolicoeur