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Coronavirus: l’urgence de rentrer se fait sentir chez des Québécois coincés à l'étranger

Coronavirus: l’urgence de rentrer se fait sentir chez des Québécois coincés à l'étranger

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L’urgence de rentrer au pays se fait ressentir chez de plus en plus de Québécois en situations précaires, coincés à l’étranger à cause de la fermeture de plusieurs frontières, en vue de limiter la propagation de la COVID-19.  

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Elle pourrait devoir être opérée   

Une Montréalaise aux prises avec une scoliose «sévère» souhaite revenir du Guatemala en vitesse en raison notamment de sa condition médicale.   

  

«J’ai une scoliose assez sévère qui impacte les nerfs dans mon bras droit», résume Paula Dagher, 23 ans.   

L'ingénieure civile de Montréal se trouve présentement en compagnie de huit Québécois, dont son copain, dans une auberge située à Guatemala City.   

Celle-ci devait passer une imagerie par résonance magnétique à son retour de voyage prévu hier, afin de confirmer si son cas nécessite une chirurgie.   

«Mais tous nos vols ont été annulés. C’est un peu le bordel, parce qu’on cherche tous des solutions, mais aucune ne semble pouvoir nous laisser partir rapidement», déplore-t-elle.   

Elle n’est pas la seule qui implore les décideurs de la faire rentrer au Canada, par peur d’être infectée de la COVID-19 à l’étranger.   

«L’aéroport est fermé pour minimum 15 jours. Le président a fermé les frontières du pays, ajoute Éliane Gaudreault, qui fait également partie du groupe. Certains ont des emplois qui les attendent dans des services qui continuent d’être déployés, d’autres prennent des médicaments prescrits et sont inquiets d’en manquer pendant les prochaines semaines.»   

«Nous essayons de garder le moral. Nous lançons un appel aux gens qui ont du pouvoir au Québec et au Canada. Nous sommes probablement assez pour remplir un petit avion, si quelqu’un peut venir nous chercher», supplie-t-elle.   

Un étudiant confiné en Allemagne   

Un étudiant en génie informatique a vu son voyage de fin d’études universitaires tourner abruptement au cauchemar, alors qu’il se trouve désormais confiné avec des symptômes du COVID-19, dans une chambre en Allemagne.   

  

  

«J’essaie de rester positif. En espérant que les tests reviennent négatifs, confie le Lavallois Alexandre Lemay, en croisant les doigts. Si je n’ai pas le virus, je vais pouvoir m’acheter le premier billet d’avion et revenir à la maison [si les frontières sont ouvertes]. Sinon, je vais devoir refaire des tests jusqu’à ce que je ne l’aie plus.»   

Le finissant en génie informatique de 24 ans a visité l’Espagne, l’Italie et la Pologne, avant d’aboutir à Berlin. Le voyage soulignant la fin de son baccalauréat, qui a commencé le 24 février dernier, devait au départ durer un mois.   

Or, après deux semaines à peine, il s’est retrouvé coincé dans sa chambre d’auberge, en attente de résultats aux tests du coronavirus. Ce dernier a présenté des symptômes qui l’ont empêché de poursuivre son parcours.   

«Mon [auberge de jeunesse] m’a isolé dans une chambre, seul. Je vais bien, j’ai une petite toux, mais c’est très léger. Mes symptômes n’ont jamais été gros, et là ils vont mieux», s’encourage-t-il pour le moment.   

Il devrait obtenir ses résultats d’ici la fin de la journée [aujourd’hui]. Comme il est allé en Italie, il devra au minimum rester en quarantaine pendant deux semaines, soit jusqu’au 22 mars, croit Alexandre Lemay.   

  

À court de médicaments 

Une ambulancière asthmatique de Lanaudière somme les décideurs à la rapatrier du Pérou avec son copain avant de souffrir de troubles respiratoires plus graves.   

  

  

«Je m’étais apporté des pompes ainsi que des pilules pour m'aider à respirer en altitude», raconte Jade Castonguay, 28 ans, qui souffre d’asthme.   

La résidente de Terrebonne ne devait rester qu’une dizaine de jours en vacances avec son copain Pierre-Philippe Tremblay, au Pérou.   

Le jeune couple est présentement coincé à Lima, la capitale du pays.   

«Nous avions un vol qui devait nous ramener dans la nuit [de lundi à mardi], mais il a été annulé lundi matin», regrette-t-elle.    

Mme Castonguay a donc écoulé cette journée à l’aéroport, dans l’espoir de trouver des billets d’avion. Le prix n’avait même plus d’importance pour la voyageuse.   

«On a tout fait en notre pouvoir pour en avoir d’autres, mais tout était sold out, dit-elle. J’ai parlé à l’ambassade et aux compagnies aériennes, mais rien à faire...»   

Cette dernière craint maintenant de devoir affronter des problèmes respiratoires sévères, si elle avait par malheur contracté la COVID-19 à l’aéroport.   

«J’ai écoulé tout ce que j’avais comme pompes, et même les pilules. Je suis vraiment à sec et il n’y a rien d’ouvert. Je ne peux même pas sortir de ma chambre à l’hôtel. Il y a l’armée et la police dans les rues», constate avec inquiétude celle qui travaille comme ambulancière, sur la Rive-Nord de la région de Montréal.   

«Je veux aussi revenir le plus vite possible, faire ma quarantaine et pouvoir aider mes collègues.»   

  

Laissé à lui-même au Pérou   

Un jeune voyageur de Saint-Sauveur est carrément laissé à lui-même dans un hôtel vide et presque sans provisions de nourriture, au Pérou. Cette situation laisse sa mère morte d’inquiétude, au Québec.   

  

  

«Ça n’a pas de bon sens. Il est pris en otage. Il n’y a plus de vols et il est embarré dans son hôtel la nuit, souffle Nathalie Trachy, qui se fait un sang d’encre pour son fils William Vallières. Mon conjoint et moi, on ne dort pas de la nuit.»   

Le jeune homme de 22 ans se trouve dans un hôtel désert de Cuzco, au Pérou. Il est difficile de s’y nourrir, affirme ce dernier.   

«On n’a pas eu le temps de changer nos vols. On a eu moins de 24 h pour s’ajuster [quand le pays a fermé ses frontières en urgence], dit-il. L’armée est dans les rues et nous dit de rester en dedans, sinon on se fait embarquer.»   

Celui qui avait prévu un voyage de six semaines n’a désormais qu’une maigre réserve de nourriture, qui doit lui permettre de survivre toute une semaine. Nouilles, croissants, muffins au chocolat et croustilles sont les seules provisions qu’il a pu récupérer lors de sa dernière escapade dans les rues.   

«Nos épiceries [sont vides]», a-t-il voulu illustrer, en nous envoyant des clichés. Ce dernier considère que la situation est très mal gérée par le gouvernement canadien.   

«Ça ressemble à un film d’horreur», conclut sa mère, visiblement tourmentée, lorsque jointe par Le Journal.   

  

EN ATTENTE DE PAPIERS POUR REVENIR 

Un couple de Québécois ayant donné naissance en Europe en janvier dernier doit aujourd’hui attendre d’obtenir les papiers de leur nouveau-né avant de rentrer au Canada.   

«Tout le processus pour faire faire le certificat de naissance, sa demande de citoyenneté canadienne et de passeport, c’est quand même long. Donc, on est pris ici», raconte Alexandre Mallet, 27 ans.   

Il redoute que son bébé de deux mois ne puisse pas revenir au Canada, qui a fermé ses frontières aux non-résidents par précaution, en raison du coronavirus.   

Ce dernier est un hockeyeur professionnel dans la ville d’Ostrava, en République tchèque. Le choix de deuxième ronde des Canucks de Vancouver, en 2012, habite en Europe depuis 2016. Il y vit maintenant avec sa femme et ses deux enfants.   

«La République tchèque est en quarantaine, donc on est contraints de rester à la maison le plus possible, sauf pour les sorties essentielles», dit celui dont la saison a été annulée la semaine dernière.   

«On est en contact avec l’ambassade canadienne ici, mais les délais pour le passeport sont de 20 jours et ils viennent seulement de traiter le dossier, poursuit le père de famille. Donc, on ne sait pas quand il va être possible pour nous de rentrer, surtout avec tous les vols annulés et les restrictions d’aéroport.»   

M. Mallet assure néanmoins que les siens se portent bien et qu’avec toutes les mesures «draconiennes» que le pays a prises «tôt» pour protéger les gens le plus possible, la situation devrait se régler sans tracas.   

«Mais le gouvernement urge les Canadiens à l’étranger à revenir, donc ça nous stresse un peu d’être pris ici longtemps», conclut-il.   

D’autres hockeyeurs québécois tentent également de rentrer au pays en vitesse, sans succès. C’est d’ailleurs le cas de Francis Paré, 32 ans, qui évolue en Biélorussie, pour le Dinamo Minsk.   

«J’aimerais vraiment, oui [revenir au Canada]. Mais mon équipe ne nous laisse pas rentrer pour l’instant. Mon agent est en train de faire les démarches pour me sortir d’ici, confie-t-il. Nous devons nous entraîner ici jusqu’à ce que l’équipe nous dise de partir.»   

Ce dernier a pressé sa famille à prendre un vol vers le Québec la semaine dernière. Il sentait que la pression montait à propos des mesures prises face à la COVID-19. «Je ne voulais pas qu’elle reste coincée ici», affirme-t-il.   

De son côté, Mathieu Ayotte, 23 ans, natif de Mont-Saint-Hilaire, attend toujours de pouvoir sauter dans le premier vol.   

«Tous les vols en ligne se font canceller et personne ne répond au téléphone», constate celui qui joue pour l’équipe de Cortina, en Italie. 

 

Au Pérou avec un bébé de 8 mois 

Un couple de Québec avec un nouveau-né de 8 mois déplore n’avoir eu aucune chance pour revenir au Canada, alors que le Pérou a abruptement fermé ses frontières. 

 

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Photo courtoisie

 

«Si jamais mon bébé tombe malade, je veux qu’il ait accès à des soins. On comprend le contexte mondial, on veut juste revenir et être à la maison pour faire notre quarantaine en sécurité», s’inquiète Yani Ducasse-Hathi, qui se trouve à Arequipa avec son conjoint Alexandre Kelley et son bébé Léo.  

Au moment où ils sont arrivés au pays le 9 mars dernier, la propagation de la COVID-19 n'avait pas encore eu des effets sur les vols d'avion et les frontières. Mais rapidement, la situation a évolué, au point où le président du Pérou a décrété la fermeture des frontières. Il leur était impossible de rejoindre l'aéroport de Lima, alors que la petite famille se trouvait à 17 heures d'autobus.  

«Vingt-quatre heures de préavis, ce n'est pas assez. Si on avait eu trois ou quatre jours, on serait partis, mais là on est pris ici», déplore M. Kelley, un ingénieur de 34 ans.  

«Oui, avoir su, on serait revenus plus vite», renchérit sa conjointe, une enseignante de 30 ans. La date de retour initiale était le 12 avril.  

Impossible de trouver un port 

Plusieurs Québécois à bord du bateau de croisière Norwegian Jewel sont dans l’impossibilité de revenir au pays, car plusieurs îles du Pacifique ont fermé l’accès à leurs ports, refusant de les laisser s’amarrer, même si personne n'est malade sur le paquebot.  

Après avoir changé d’itinéraire à de nombreuses reprises, le navire avec plus de 2000 passagers, dont environ 350 Canadiens, est présentement en route vers Honolulu, explique une passagère, Sylvie Labrecque.  

 

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Photo tirée du site de Norwegian Cruise Line

 

«Les passagers espèrent pouvoir enfin mettre le pied à terre, mais rien n’est certain, confie-t-elle. Nous souhaitons que le gouvernement canadien nous aide à faciliter notre débarquement et notre départ vers le Canada.»