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Profession : vendeur de mani (arachides)

Profession : vendeur de mani (arachides)

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Vous avez sans doute aperçu, lors de vos visites à La Havane, des vendeurs et vendeuses de cacahuètes. Certains sont plutôt silencieux, d’autres sont plus expressifs. « Maniii, maniii... », crient-ils, comme dans la chanson archi connue « El Manisero » d’Antonio Machin. 

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J’ai rencontré Eduardo près de chez moi, au coin des rues 23 et 24, dans le quartier Vedado de La Havane, où il vend de temps en temps ses cacahouètes. J’ai voulu en savoir plus sur l’homme, aujourd’hui âgé de 76 ans, et sur son métier.  

Eduardo, malgré ses apparences d’homme ordinaire, a eu une vie bien remplie avant de se recycler dans la vente de cacahuètes. Très jeune, il a fait partie de l’Armée rebelle de Fidel, en suivant les traces de son père. Toute sa vie a été consacrée à la défense de révolution. Dans les années soixante, il a pourchassé « los bandidos » dans les montagnes de l’Escambray, dans le centre du pays. Il a fait le coup de feu dans l’infanterie, en Angola, se distinguant pour sa bravoure. Il a aussi travaillé pour les services de sécurité, au sein du ministère de l’Intérieur. Tout fier, il m’a montré les médailles qu’il a méritées pour ses actions révolutionnaires. 

Arrivé à l’âge de la retraite, il avait besoin de demeurer actif et s’est donc initié à l’art de rôtir les arachides, lesquelles sont cultivées à Cuba. Cela lui permet de rester en contact avec les gens tout en arrondissant ses fins de mois.  

Eduardo achète ses cacahouètes dans de gros marchés, cinq ou six livres à la fois. À la maison, il les fait rôtir dans un gros chaudron en fonte sur sa petite gazière pendant une bonne heure, sans jamais cesser de les brasser, tout en ajoutant un peu d’eau salée. Les cacahouètes ne doivent surtout brûler ni être trop cuites. Tout le secret d’une bonne réussite réside dans ce bon dosage : remuer constamment, calculer le temps de cuisson et ajouter un peu d’eau salée. 

Il doit ensuite les laisser refroidir avant de les empaqueter dans de petits cônes de papier blanc qu’il a lui-même confectionnés. « Sinon, elles perdront leur côté croustillant. » 

Selon Eduardo, les cacahouètes constituent une bonne source d’énergie et, surtout, elles permettent d’excellentes performances au lit. Malgré ses soixante-seize ans, il se vante, comme tout bon Cubain, d’entretenir plusieurs relations affectives, et je n’ai pas de misère à le croire sur parole. 

Reste la dernière étape, celle de la rue. Dans ce quartier de La Havane, le meilleur moment de la journée, c’est en fin d’après-midi, alors que les gens reviennent du travail ou de l’école. En moins d’heure, assis sur un muret au coin des rues 23 et 24, avec une vieille poussette d’enfants à ses côtés pour y offrir sa marchandise, Eduardo, sans trop s’égosiller, a pu écouler ses quatre-vingts cônes de cacahouètes grillées. Il n’était pas peu fier.