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«J’ai appelé ma mère en pleurant»

La nageuse Katerine Savard est dans l’incertitude après le report des essais olympiques à Toronto

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Photo d’archives, Agence QMI La décision de repousser les essais olympiques fait mal à Katerine Savard. Sur la photo, on aperçoit la nageuse après une course au championnat canadien universitaire à Sherbrooke, en 2017.

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Parce qu’elle a vécu une période de remise en question importante après les Jeux olympiques de 2016, où elle a remporté une médaille de bronze au relais 4X200 m libre avant de replonger à fond pour le rendez-vous de Tokyo, la nageuse Katerine Savard accepte difficilement le report des sélections qui devaient se dérouler à compter du 30 mars, à Toronto, en raison de la pandémie de COVID-19.

« À mon âge (26 ans bientôt 27), c’est énorme d’arrêter deux semaines. J’avais tout fait pour atteindre mon maximum aux essais olympiques. Ces deux semaines d’arrêt viennent tout gâcher, a mentionné Savard.

« Je suis vraiment triste parce que je ne pense pas revenir au même niveau. Quand j’ai appris la nouvelle du report des sélections, j’ai appelé ma mère en pleurant. Je n’ai pas envie que mes efforts s’évaporent comme ça. Compte tenu de ma situation, la décision de repousser les sélections fait encore plus mal. Personne n’a de temps à perdre, mais ça fait encore plus mal pour moi d’arrêter deux semaines compte tenu de ma situation. »

Si elle n’avait pas le niveau souhaité à son retour, de son propre aveu, la double olympienne native de Pont-Rouge estime qu’elle avait retrouvé graduellement sa forme des beaux jours. 

Le niveau d’avant

« Ça allait super bien et même mon entraîneur (Claude Saint-Jean) était surpris, a mentionné la spécialiste du 200 m libre qui voulait aussi tenter sa chance aux 100 m papillon, son épreuve de prédilection à ses débuts. 

« Ce fut difficile à mon retour l’an dernier après ma période de questionnements, mais j’avais l’impression d’avoir retrouvé le niveau que j’avais auparavant. Je réussissais de bons temps. Je suis très triste de ne pas avoir eu la chance de le prouver aux essais. On devait participer à une compétition la semaine dernière où j’aurais pu me prouver, mais elle a été annulée. »

Qu’arrivera-t-il avec les sélections olympiques ? Seront-elles repoussées comme le prévoit le plan actuel, ou tout simplement annulées ? 

Elle garde espoir

Si la pandémie ne se résorbe pas, le processus de sélection pourrait être modifié dans l’éventualité, évidemment, que les Jeux olympiques soient présentés. « J’espère que les sélections ne seront pas annulées. Si c’est le cas et que l’on considère les résultats des derniers mois pour établir la sélection, je ne serai pas en bonne posture. Je n’aurai pas la chance de me prouver. Comme aux États-Unis, nos essais pourraient avoir lieu seulement quelques semaines avant les Jeux. Si les essais et les Jeux ont lieu, il n’y a aucun doute que je vais être présente. 

« Pour le moment, je ne pense pas que les Jeux olympiques n’auront pas lieu. Je ne peux pas croire que mon rêve va disparaître. Le seul côté positif dans la pause de deux semaines, c’est que je me retrouvais dans une pente ascendante et que j’aurais l’occasion de poursuivre ma progression. » 

Un appui apprécié

Katerine Savard peut compter sur l’appui d’une ancienne nageuse canadienne qui a vécu une situation similaire à la sienne en 1980.

Médaillée d’or au 100 m dos et de bronze au 200 m dos aux essais olympiques quelques mois plus tôt, la Lavalloise Denyse Sénéchal avait été privée d’une participation aux Jeux olympiques de 1980 à Moscou en raison du boycottage des Américains qui avait été suivi par une cinquantaine de pays occidentaux, dont le Canada. Cette décision se voulait une protestation contre l’intervention militaire de l’URSS en Afghanistan en décembre 1979. L’URSS avait donné la réplique lors des Jeux suivants à Los Angeles en 1984. Une quinzaine de pays avaient emboîté le pas et boycotté les Jeux de Los Angeles.

« Je comprends tes sentiments pour avoir vécu une situation similaire en 1980 quand mon rêve olympique m’avait été enlevé », a écrit Sénéchal à Savard par le biais de Facebook.

« J’ai travaillé fort »

Maître nageuse au sein du club CAMO, le même que Savard, Sénéchal a repris le chemin de la piscine 34 plus tard et a remporté l’or au Championnat mondial des maîtres à Budapest en 2017.

« Le plus difficile est de ne pas relâcher mentalement, a mentionné Savard. Je dois rester dans l’ambiance et ne pas penser que j’ai fait tout ça pour rien. C’est l’aspect le plus difficile. »

Savard n’est pas surprise d’avoir été en mesure de revenir en force après 18 mois à jongler avec son avenir comme nageuse. 

« J’ai travaillé vraiment fort et je ne suis pas surprise même si j’avais de la difficulté à y croire au début. Je n’ai pas de misère à me lever tous les matins pour aller m’entraîner. Pour me motiver, j’ai regardé des histoires de femmes qui ont accouché et qui ont effectué un retour à la compétition après avoir donné naissance à leur enfant. Je me disais qu’il n’y avait pas de raison que je ne sois pas capable. »