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Le courage de décider

pandemie coronavirus
Photo Agence QMI, Simon Clark François Legault

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Face à une crise qui nous plonge dans trop d’inconnu, l’opinion publique s’est polarisée face à nos leaders. François Legault est un héros et Justin Trudeau est un zéro. Les deux sont exagérés.

La différence de perception dépend de différences majeures en matière de leadership, de communications et d’anticipation. Derrière tout cela se cache l’une des clés de la force politique : la capacité de prendre des décisions.

À la tête d’un gouvernement, il y a rarement des décisions faciles. Les situations évidentes sont tranchées par des fonctionnaires dans le cadre de leurs fonctions normales. Lorsque c’est plus compliqué, ça pourrait remonter au ministre qui tranchera la question. Et dans certains cas, le ministre et son équipe jugeront que la situation est si délicate, la décision si lourde de portée, qu’il faudrait interpeller le premier ministre.

Courage

Quand vous vous retrouvez dans le siège du grand patron, ce ne sont que les décisions très complexes qui se rendent à vous. En situation de crise, cette complexité se trouve décuplée. 

Une décision peut faire la différence entre la vie et la mort, elle se prend en plein tumulte et l’urgence vous prive d’un temps normal pour réfléchir et consulter. C’est là qu’il faut de la force, du caractère, de l’instinct. 

François Legault a impressionné parce qu’il a été capable de prendre les décisions. De surcroît, il a pris le temps de les expliquer, de vulgariser la situation en termes simples. Mais d’abord et avant tout, il a pris sur ses épaules le poids de trancher des questions difficiles.

Les conséquences sont immenses. Arrêter l’école. Freiner l’activité économique en paralysant des secteurs entiers. Priver des aînés de leurs visiteurs. Impossible de ne pas se coucher le soir en se disant : « J’espère ne pas m’être trompé ».

Legault a-t-il pris exactement toutes les bonnes décisions ? Impossible de le dire. Sans doute pas, la perfection n’existe pas. Mais il a exercé le leadership avec force. 

Les choses n’ont pas ballotté au vent dans l’incertitude. La population a senti un capitaine à bord, confiant et décisif, et cela était bien plus important que la pertinence de chaque mesure prise individuellement.

Les faiblesses de Trudeau

Justin Trudeau a paru hésitant. On pouvait sentir que des experts et des conseillers autour de lui se contredisaient sur les décisions à prendre. 

Il aurait rêvé de les voir se mettre d’accord pour lui rendre le choix facile. Mais la vie n’est pas faite ainsi pour le dirigeant. Il faut trancher et vivre avec le poids de la décision.

Le premier ministre du Canada a paru hésitant. Il n’en faut pas beaucoup plus pour que les citoyens le sentent dépassé par la situation. Il a fini par bouger, mais poussé par l’opinion publique et par l’exaspération ambiante. C’est le contraire du leadership. Pourtant les mesures économiques de son ministre des Finances tiennent la route.

Legault n’est pas parfait et Trudeau n’a pas tout faux. Mais en crise, un leader s’impose par sa capacité à prendre des décisions.