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COVID-19: jour sombre pour le Cirque

En pleine crise, l’entreprise a licencié 95% de ses employés

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Le Cirque du Soleil a vécu la pire journée de son histoire, jeudi, avec la mise à pied temporaire de 95% de ses employés, soit 4679 personnes. Pour la compagnie qui existe depuis 35 ans, le coronavirus a fait de réels ravages.

« On est sur un pied de guerre. » Au bout du fil, Daniel Lamarre n’avait pas le coeur à rire, jeudi après-midi. Quelques heures plus tôt, le président et chef de la direction du Cirque du Soleil avait annoncé à 4679 de ses employés qu’ils n’avaient temporairement plus d’emploi au sein de la compagnie.

« Ç’a été extrêmement difficile de vivre ça, car nos employés n’étaient déjà plus au bureau. Ils restaient tous à la maison. Il a fallu envoyer une vidéo à 4700 employés. Par la suite, il a fallu faire le suivi avec chacun d’eux pour les informer de ce qui leur arrivait. Ç’a été assez incroyable. »

Le PDG du Cirque songeait à la possibilité de mises à pied massives depuis samedi, lorsqu’il a reçu l’appel de l’arrêt complet des six spectacles-résident à Las Vegas. « C’était devenu clair pour moi qu’on n’aurait pas le choix de faire des mises à pied. On connaît l’importance de Las Vegas pour nous. »

Plus aucune source de revenus

Seules 200 personnes restent en poste à Montréal. « Les employés qu’on a conservés sont ceux qui sont utiles lorsqu’on va recommencer à présenter nos spectacles, dit Daniel Lamarre. [...] Dans les mises à pied, ce n’est pas juste des employés. Il y a aussi des gestionnaires et des gens de la haute direction. »

La crise du coronavirus a fortement ébranlé le Cirque en l’espace de quelques jours. « La semaine dernière, on avait 44 spectacles en présentation, mentionne Daniel Lamarre. Aujourd’hui, je n’en ai plus aucun. Je n’ai plus aucune source de revenus. »

Dans les derniers jours, le Cirque avait décidé d’arrêter tous ses spectacles de tournée et de licencier temporairement 2000 employés postés aux quatre coins du globe. « Il a fallu retourner toutes ces personnes chez elles, dit Daniel Lamarre. Avec tout ce qui s’est passé du côté des lignes aériennes et des vols annulés... J’ai une équipe qui a travaillé ici jour et nuit pour réussir à retourner les gens chez eux. Je suis content parce que tout le monde est rentré sain et sauf. »

Retour en Chine

Alors que la durée de la crise du coronavirus est encore très incertaine, la situation en Chine semble tranquillement se rétablir. Le Cirque pourrait ainsi recommencer à la fin avril la présentation de son spectacle-résident à Hangzhou, Un monde fantastique, qu’il avait lancé en août dernier.

« C’est un peu paradoxal parce que c’est là où la crise a commencé et que c’est probablement là où l’on va pouvoir présenter nos spectacles en premier, remarque Daniel Lamarre. [...] On est en communication avec nos promoteurs en Chine qui voudraient faire une tournée probablement au mois de juillet. Et on est aussi en communication avec nos promoteurs à Singapour parce qu’ils n’ont à peu près pas été touchés par le virus. »

« Les artistes du spectacle [Un monde fantastique] sont standby. Dès qu’on va avoir une confirmation des autorités, il faudra les rapatrier là-bas. Il vont ensuite s’entraîner et il faudra refaire un peu la mise en forme du spectacle. C’est sûr que ce ne sera pas avant la fin avril, si on est optimistes. »

À Montréal, c’est toujours l’incertitude pour le lancement du nouveau spectacle Sous un même ciel. « Le chapiteau est toujours là et on a le site jusqu’à la fin du mois d’août, dit Daniel Lamarre. On va reprendre au moment où ce sera approprié et que le gouvernement nous le permettra. [...] Nos artistes sont standby. Ils attendent notre signal. Ils demeurent ici dans nos résidences en face du siège social. »

Passer à travers la crise

Malgré la crise, Daniel Lamarre reste optimiste pour l’avenir du Cirque. « Je suis en communication avec le gouvernement depuis quelques jours. On espère travailler avec Investissement Québec sur un plan qui va nous permettre de passer à travers la crise. On a aussi l’appui de nos actionnaires. La Caisse de dépôt, qui est maintenant un actionnaire important avec 20%, suit ça de très près de même que tous nos autres actionnaires. On a eu trois réunions du conseil d’administration récemment. »

« On regarde tous les scénarios possibles à court, moyen et long terme pour assurer que l’entreprise retombe rapidement sur ses pattes. C’est sûr que le jour où l’on recommence à vendre des spectacles et des billets et qu’on rejoint nos millions de spectateurs, la situation devrait se résorber rapidement. Le grand inconnu de tout le monde, c’est combien de temps cette crise-là va durer. »

« Nous, dans les scénarios qu’on regarde, le scénario optimiste inspiré par la Chine dit que si au bout de trois ou quatre mois, on reprend nos activités normalement, je pense qu’on va s’en tirer très correctement. L’autre scénario, c’est si on ne peut pas reprendre nos activités avant le mois de novembre ou décembre. Là, on voudra s’assurer d’avoir l’appui du gouvernement et de nos actionnaires pour qu’on puisse passer jusque-là. C’est ça qui nous oblige à faire les mises à pied. »

« Mon plus grand souhait, c’est de prendre le téléphone rapidement et de dire aux gens : revenez à la maison, revenez sous le chapiteau, ça presse, on repart! [...] Je me sens sur une mission de passer à travers la crise et de rappeler le plus rapidement possible nos employés pour qu’on reprenne nos activités, ajoute-t-il. Là-dessus, j’ai une combativité à toute épreuve. »

À risque élevé

Mercredi, l’agence de notation Moody’s a abaissé de pas moins de quatre crans la cote de crédit du Cirque du Soleil, la faisant passer de B3 à Ca, car elle estime que la compagnie est à « risque élevé » de tomber en défaut de paiement auprès de ses créanciers.  

« Les pertes de revenus en 2020 vont entraîner une baisse prononcée du bénéfice d’exploitation et limiter les perspectives [que le Cirque ait] une structure de capital viable par la suite », a indiqué Moody’s dans un communiqué. 

« De faibles liquidités, une demande atone pour les spectacles et des conditions économiques difficiles mettront davantage de pression sur la flexibilité opérationnelle du Cirque et sur sa capacité à investir lorsque les activités reprendront », a ajouté l’institution new-yorkaise. 

Moody’s prévoit que le Cirque aura besoin de 165 millions $ US au cours des 12 prochains mois alors que ses liquidités totalisaient à peine 120 millions $ US à la fin de 2019. Les actionnaires du Cirque, parmi lesquels on compte la firme américaine TPG, le groupe chinois Fosun en plus de la Caisse de dépôt, pourraient être forcés de réinjecter des capitaux dans l’entreprise, a précisé l’influente agence.

 

Avec la collaboration de Sylvain Larocque

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