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Des camionneurs veulent livrer la marchandise aux Québécois

Mais certains d’entre eux s’inquiètent de plus en plus pour leur propre santé

Roger Letarte de Normandin Transit
Photo Francis Halin Roger Letarte, de Normandin Transit, devant son camion en Virginie, hier.

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Alors qu’Ottawa vient d’annoncer la fermeture de la frontière avec les États-Unis, des chauffeurs se préparent à livrer la marchandise aux Québécois en pleine crise sanitaire.   

Pierre Giard, en plein dîner, à Saint-Bernard-de-Lacolle, hier.
Photo Francis Halin
Pierre Giard, en plein dîner, à Saint-Bernard-de-Lacolle, hier.

« On a un rôle essentiel. Pour chacun des produits fabriqués, il y a une centaine de camionneurs impliqués dans la chaîne », lance, entre deux bouchées, le chauffeur Pierre Giard, de l’entreprise de recyclage Les Fibres JC, au Restaurant Marcel Truck Shop, de Saint-Bernard-de-Lacolle, hier midi.   

Hier, le président américain Donald Trump a annoncé sur Twitter qu’il s’apprêtait à fermer la frontière avec le Canada sauf pour les marchandises, ce qu’a confirmé par la suite son homologue canadien Justin Trudeau.   

Après l’annonce, des camionneurs interrogés par Le Journal se sont dits prêts à se retrousser les manches pour poursuivre leur travail pour que les Québécois puissent continuer à recevoir les produits essentiels et faire rouler l’économie.  

« Prenez une canne de soupe. Chacun des ingrédients a été transporté à la chaîne. Ensuite, il y a le métal, l’étiquette, après il faut aller à l’entrepôt, au magasin », a illustré le chauffeur Pierre Giard, qui traverse la frontière deux fois par semaine.   

Hygiène discutable  

D’autres se sont montrés choqués par les propos de certains patrons de l’industrie, rapportés par Le Journal samedi dernier, qui disaient que les chauffeurs ne devraient pas être mis en quarantaine... pour ne pas nuire à l’économie.   

C’est le cas de Roger Letarte, chauffeur chez Normandin Transit, attrapé sur les routes de la Virginie, hier matin, qui rappelle que la santé des camionneurs est importante.  

« Je suis nerveux. Ça ne me tente pas d’attraper ça. J’ai changé ma manière de travailler. Je fais attention. Je me tiens loin. Si ça devient trop fou, je vais arrêter, je m’en vais chez nous », a-t-il confié, en disant que son employeur est irréprochable, mais que ce sont souvent les conditions d’hygiène sur la route qui posent problème.   

Un constat partagé par le chauffeur Michel Patry, qui a sillonné les routes américaines durant une quarantaine d’années.  

« Quand tu rentres dans un truck stop, souvent ce ne n’est pas propre. Parfois, c’est à vomir. Les douches ne sont pas propres, donc en pleine pandémie, c’est carrément dangereux », a-t-il partagé.  

« Cheveux, coquerelles... c’est assez épouvantable. Il y a parfois jusqu’à 500 personnes par jour qui prennent leur douche à la même place. Les patrons disent que les camionneurs sont isolés, mais ce n’est pas vrai », a-t-il poursuivi.  

Joint par Le Journal, le porte-parole des Teamsters, Stéphane Lacroix, qui représente plus de 5500 chauffeurs au Québec, a abondé dans le même sens.  

« Ce n’est pas toujours bien nettoyé. Tous les chauffeurs n’ont pas des frigos et des micro-ondes dans leur camion. Il y a des travailleurs étrangers dans le transport de marchandises. Le resserrement des douanes va les rendre nerveux », a-t-il déploré.  

« Ce sont des travailleurs courageux, ils font une bonne job », a conclu Stéphane Lacroix.  


►Vous êtes camionneur et vous avez vécu une situation hors de l’ordinaire liée à la COVID-19 ? N’hésitez pas à nous écrire : francis.halin@quebecormedia.com  

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