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COVID-19: Bannir l’argent comptant va faire mal aux plus démunis

Une bonne partie d’entre eux n’ont pas de compte dans une institution financière

Metro Beaulieu : 2275 Avenue du Mont-Royal E, Montréal.
Photos Ben Pelosse et courtoisie Un supermarché Metro du Plateau-Mont-Royal a décidé, mercredi, d’instaurer une politique de paiement uniquement par carte. La direction de Metro a toutefois précisé qu’il ne s’agit absolument pas de la politique de l’entreprise.

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Bannir l’argent comptant des commerces affectera particulièrement les aînés, les personnes à faible revenu et les gens éprouvant déjà des difficultés financières, tranche Option consommateurs. 

«Il y a des personnes qui n’ont pas de compte bancaire. Il y a aussi des gens, en raison d’un mauvais dossier de crédit, qui n’ont pas accès à des instruments de paiement ou qui ont déjà un niveau d’endettement très élevé», prévient l’avocat de l’organisation, Alexandre Plourde. 

Ce dernier est inquiet de voir que certains commerçants au Québec refusent maintenant les billets verts.  

«Cela crée un enjeu d’exclusion», dit-il, précisant que cette pratique n’est toutefois pas illégale. 

La Société des alcools du Québec, la Société québécoise du cannabis, les Rôtisseries St-Hubert ainsi que les chaînes Canac et Patrick Morin, pour ne nommer qu’eux, ont pris la décision de ne plus accepter d’argent comptant. 

Chez Metro Beaulieu, sur l’avenue du Mont-Royal, à Montréal, la direction a aussi invité ses clients à payer par carte. Des affiches étaient installées mercredi aux caisses mentionnant que l’entreprise accepte uniquement ce moyen de paiement. 

Joint par Le Journal, un employé a assuré que le supermarché ne refusera pas l’argent d’un client s’il n’y a pas d’autres solutions. Metro a tenu à préciser qu’il ne s’agissait pas de la politique de l’entreprise de ne plus prendre d’argent comptant.  

«Difficultés injustifiées» 

Mercredi, le premier ministre François Legault a invité les consommateurs à ne plus payer avec de l’argent comptant. Une sortie qui a fait réagir la Banque du Canada, qui a recommandé aux détaillants de continuer d’accepter les billets verts. 

«Refuser d’accepter des paiements en espèces peut créer des difficultés injustifiées aux personnes qui dépendent de l’argent comptant pour faire leurs achats.» 

Pour Option consommateurs, il est important de suivre les directives des experts de la santé. L’organisation est d’avis que les détaillants pourraient toutefois trouver des solutions pour assurer un service, comme avoir une caisse dédiée à l’argent comptant. 

Du côté du Conseil canadien du commerce de détail Québec, on assure que Metro, Sobeys et Loblaw n’ont pas l’intention d’imposer exclusivement l’utilisation des cartes. 

Selon la direction de l’entreprise Comptant.com, il est également important de continuer d’accepter l’argent dans les commerces. 

«Ce n’est pas toutes les personnes qui ont accès à un compte bancaire. Ceci va rendre encore plus difficile la vie des gens plus démunis. Lorsqu’ils viennent chez nous, ils ont souvent besoin d’argent sur le moment», note le fondateur de la chaîne, Robert Tessier. 

Ce dernier espère garder ses 39 points de vente ouverts au Québec.  

«Certaines personnes vont avoir besoin d’argent. Des gens vont devoir attendre 28 jours avant d’obtenir une aide de l’assurance-emploi», conclut-il. 

La situation  

  • Les Canadiens âgés de 55 à 75 ans recourent davantage à l’argent comptant  
  • 3 % des adultes canadiens n’ont pas de compte dans une institution financière 
  • 15 % des Canadiens seraient sous-bancarisés. Il s’agit d’un consommateur ayant déclaré faillite ou ayant un mauvais dossier de crédit 
  • 13 % des foyers au pays n’ont pas d’abonnement à internet 
  • 12 % des Canadiens ne possèdent pas de téléphone mobile  

Source : Rapport de recherche d’Option consommateurs : Argent comptant : vers une mort annoncée ?