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COVID-19 et libertés individuelles

COVID-19 et libertés individuelles
AFP

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Les réactions à la propagation du virus aux États-Unis sont variables, parfois diamétralement opposées. Certains États réagissent peu pour l’instant alors que d’autres, comme la Californie, mettent en place des mesures de plus en plus strictes. 

Le comportement de certains Américains laisse dubitatif. Un certain nombre d’entre eux, jeunes ou âgés, ont décidé de ne rien changer à leurs habitudes. Si cette décision de s’exposer au virus n’impliquait que la santé des personnes concernées, on les laisserait assumer les retombées. Mais en risquant leur santé ou leur vie, ils mettent celles des autres en danger et contribuent à accroître le fardeau qui incombe ensuite aux hôpitaux. 

Les mesures de confinement sont probablement plus faciles à imposer dans des États autoritaires, mais on peut se demander comment les citoyens de pays démocratiques peuvent réagir à des mesures qu’on devra peut-être faire respecter grâce à une forme ou une autre d’intervention des forces de l’ordre. Ian Bogost se posait la question hier sur le site de The Atlantic. 

Le gouverneur Newsom a utilisé un ton très ferme et référé à la nécessité d’aplatir la fameuse courbe. S’il insiste sur le sérieux de la situation, il ne croit pas que les forces de l’ordre auraient à intervenir. Une ville comme San Francisco avait pris les devants et imposé à ses habitants le confinement, mais les images qui circulent depuis n’offrent rien de bien rassurant. Devra-t-on forcer les gens à prioriser l’intérêt général? 

Si nos voisins font parfois preuve d’un esprit communautaire exemplaire, nous savons aussi à quel point les idées de liberté et d’indépendance y prennent une tournure particulière. J’ai en tête ces files d’attente pour se procurer des armes après l’annonce de la pandémie. Plusieurs individus souhaitent protéger leur liberté de choix... 

J’explique régulièrement à mes étudiants que si nos voisins sont très patriotiques et fiers d’être américains, ils sont tout autant attachés à cette idée, qui relève du mythe, qu’ils peuvent s’en sortir seuls. Si on ne peut qu’encourager cette volonté d’exploiter ses ressources personnelles au maximum, nous savons bien que la réalité est plus complexe.  

Le fameux rêve américain, celui de la réussite personnelle, n’a jamais été aussi illusoire qu’en 2020 dans une société où les inégalités n’ont jamais été aussi criantes dans toute son histoire. Les écarts entre les plus fortunés et les plus démunis n’ont jamais été aussi prononcés et nous pourrions, hélas, le constater cruellement pendant et après la crise actuelle. 

Vous avez peut-être en tête ces images récentes de jeunes Américains défiant la prudence la plus élémentaire pour se ruer sur les plages de la Floride pour célébrer dans le cadre du fameux spring break. Aux États-Unis tout comme ici, un certain nombre de personnes âgées, le groupe le plus à risques, quittent leur domicile pour vaquer à leurs occupations habituelles. 

Si certaines scènes sont peut-être amplifiées par les médias, elles indiquent malgré tout qu’il y a un risque et que les mesures de confinement devront peut-être s’accompagner d’une présence des forces de l’ordre dans certaines zones. 

Si tout comme vous j’observe ce qui se passe chez nous et j’espère pour le mieux parce que nos responsables font preuve d’un leadership exemplaire, je regarde nos voisins et je m’inquiète encore plus. Ce pays est cruellement divisé et le leadership est à géométrie variable. Républicains et démocrates ne semblent pas traverser la même crise.  

Quelle attitude adopteront nos proches voisins? Celle d’un pays qui a déjà démontré qu’il sait s’unir pour représenter une force incroyable ou celle d’un regroupement d’individualistes à qui on devra imposer le bien collectif? Pour eux comme pour nous, souhaitons que leur patriotisme se montre sous son meilleur jour. Une présence policière ou militaire ne devrait pas être nécessaire... 

Le texte de Bogost, au ton très personnel, se trouve ici