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Donald Trump et la COVID-19: un effet 11 septembre ou un effet Katrina?

Donald Trump et la COVID-19: un effet 11 septembre ou un effet Katrina?

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Depuis le début de la crise de la COVID-19, le président Trump a présenté une attitude et des messages contradictoires. On ne peut que se réjouir de le voir prendre la situation plus au sérieux et selon un sondage ABC News/Ipsios, ils sont maintenant 55% à appuyer sa gestion de l’épidémie.  

Le renversement de situation est spectaculaire puisque le président est parvenu à inverser la tendance en l’espace d’une semaine. Non seulement semble-t-il plus sérieux, mais il a également modifié le vocabulaire utilisé pour souligner le combat auquel doivent se préparer les Américains.  

Le président américain évoque maintenant un ennemi invisible auquel il faut livrer une guerre. S’il lui arrive encore de diviser l'opinion en attaquant les journalistes et les élus démocrates, il crie moins au complot et met de l’avant son rôle de commandant en chef.  

Le président bénéficie-t-il d’un «effet 11 septembre»? Confrontés à l’adversité et à des scénarios apocalyptiques, les citoyens ont peut-être décidé de se regrouper derrière Donald Trump. Si on remonte dans le temps, George W. Bush avait profité d’une attaque sans précédent pour se démarquer.  

Si vous vous souvenez, l’élection de 2000 avait été particulièrement controversée. Non seulement Bush Jr. avait échappé le vote populaire (tout comme Donald Trump), mais des controverses avaient entaché le déroulement du vote. Il suffit de mentionner le cas de la Floride pour comprendre que ses adversaires et une bonne portion de la population remettaient en question la légitimité de son élection.  

L’investiture de 2001 n’avait rien d’un jour de fête. Le temps maussade et la présence de milliers de manifestants contribuaient à projeter une image bien sombre de la situation aux États-Unis. Pendant les premiers mois de sa présidence, on qualifiait déjà George W. Bush de «lame duck» (canard boiteux), un terme habituellement réservé à un président qui termine un second mandat, un moment où son influence ne pèse plus lourd dans la balance.  

Vous connaissez la suite. Les attentats du 11 septembre ébranlent sérieusement les États-Unis. Une population dévastée émotivement et profondément indignée va se ranger d’un seul bloc derrière son président. Fort de ces appuis, le président verra progresser à vitesse grand V un menu législatif particulièrement conservateur. Il lance son pays sur le sentier de la guerre, limite les libertés individuelles et jouit d’une popularité qui lui permettra de vaincre John Kerry en 2004.  

Donald Trump peut-il espérer la répétition d’un tel scénario? Oui... Et non. Oui, parce qu’un président habile peut se démarquer en temps de crise. S’il inspire confiance et que ses mesures produisent des effets, on souhaitera la continuité au changement.   

Contrairement à son rival démocrate Joe Biden (Bernie finira bien par abandonner...), le président bénéficie d’une couverture médiatique nationale tous les jours et on va continuellement prioriser ses déclarations. Biden devra continuellement surveiller ses arrières parce que chaque attaque contre le président peut soulever des doutes sur sa solidarité face à la lutte.  

Si Donald Trump se retrouve dans une position pour démontrer pleinement ses compétences de meneur, certains aspects de sa personnalité et la composition de son entourage le distinguent de George W. Bush. Bush était beaucoup plus discipliné que Donald Trump. Non seulement ses messages étaient continuellement rassembleurs, mais on sentait, chez lui, une empathie bien réelle. Rarement il dérogeait du message officiel et il s’en tenait aux conseils de son entourage.  

L’entourage du président actuel constitue une des faiblesses de son administration. Depuis son entrée à la Maison-Blanche, Trump a privilégié la loyauté à la compétence. Les départs de gens compétents et expérimentés se sont multipliés, laissant en place une équipe moins aguerrie et concentrée sur les enjeux partisans.  

Nous verrons, dans les prochaines semaines et dans les prochains mois, si Donald Trump saura bien gérer cette crise. Je lui souhaite la meilleure des chances parce que tout ce qui dérapera aux États-Unis aura, sous une forme ou sous une autre, des retombées pour le Canada et le Québec.  

Saura-t-on discipliner Trump? Sera-t-il en mesure de s’éloigner occasionnellement des projecteurs pour laisser la parole aux experts? Parviendra-t-il à s’adresser à tous ses concitoyens ou retombera-t-il constamment dans le piège de la partisanerie? Nous pourrions lui rappeler que si George W. Bush a profité de la gestion du 11 septembre 2001, il a ensuite échoué à gérer la crise entraînée par le passage de l’ouragan Katrina, en 2005, dont le bilan humain fut terrible. La COVID-19 fera, hélas, encore plus de dommages.