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Le transfert «inhumain» d’une aînée vers un CHSLD dénoncé

Coronavirus ou non, la dame de 94 ans sera privée de contacts avec sa famille

Coronavirus - Covid-19
Photo courtoisie Marie-Thérèse Saint-Onge, 94 ans, ici photographiée avec son petit-fils Sébastien Tremblay, fait beaucoup d’anxiété au moindre changement.

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Une famille dénonce le transfert de sa mère vers un CHSLD où elle sera coupée de contacts, même virtuels, avec ses proches, une situation jugée «inhumaine» par le Conseil pour la protection des malades.  

«Ce n’est pas humain! Des déménagements à répétition, ce n’est pas facile pour une personne âgée, mais en plus, elle n’aura plus de contacts avec nous! Je ne comprends pas!» déplore le fils de Marie-Thérèse Saint-Onge, Michel Contant.  

Début février, les enfants de la dame de 94 ans ont été avertis que leur mère devait être transférée en CHSLD où elle recevrait davantage de soins.  

Mme Saint-Onge habite la résidence pour personnes en perte d’autonomie Ciel Bleu à Pointe-aux-Trembles depuis qu’elle a fait deux AVC qui l’ont laissée avec des pertes cognitives, il y a un an.   

«Elle a depuis des pertes de mémoire et elle est très anxieuse, mais elle nous reconnaît toujours et ça la calme de nous parler», souligne son fils Michel Contant.  

Son fils Michel Contant s’inquiète de ne pouvoir l’accompagner, ne serait-ce que virtuellement.
Photo Ben Pelosse
Son fils Michel Contant s’inquiète de ne pouvoir l’accompagner, ne serait-ce que virtuellement.

Depuis novembre, elle s’alimente moins et oublie de se déplacer avec sa marchette, selon ses enfants.  

«En février, ils l’ont réévaluée et ils m’ont dit qu’elle passait d’une cote 8 à 11 et donc, ils étaient obligés de la transférer», explique la sœur de Michel, Francine Contant, qui a été infirmière en CHSLD pendant 31 ans.  

Stupéfaction  

Or, la famille a appris, il y a quelques jours, en pleine crise de coronavirus, que leur mère allait être transférée ce vendredi.  

«C’est comme si c’était business as usual», déplore M. Contant.  

«Je leur ai dit: ben non, vous pouvez pas faire de transfert! ajoute Mme Contant. En plus, ils l’envoient en transit, car les centres qu’on a demandés n’ont pas de place! Oui, le personnel devait lui accorder plus de temps, mais ce n’était pas une urgence.»  

«Elle sera dans une chambre semi-privée et il faudra encore la transférer on ne sait pas quand, mais dès qu’on la sort de sa routine, c’est 3-4 jours de panique et d’anxiété au maximum», explique son fils.  

Sans téléphone personnel ni internet  

Et pour éviter la propagation du virus, aucun membre de la famille ne pourra accompagner la dame déjà anxieuse.  

Pire encore, elle sera virtuellement isolée de ses quatre enfants puisqu’aucun fournisseur ne pourra se présenter sur les lieux pour installer les services d’internet ou de téléphonie, a appris M. Contant.  

«Ma sœur qui vit en France passait une heure ou deux par Facetime, tous les jours, avec elle. On la visitait trois jours par semaine», souligne-t-il.  

«Pendant combien de temps ma mère n’aura aucun contact avec sa famille?» s’inquiète Mme Contant.  

«Inacceptable»  

Paul Brunet, président du Conseil pour la protection des malades, juge cette situation «inhumaine et inacceptable». «Les hébergements de transition, on dénonce ça depuis des années, on swing du monde d’un bord à l’autre. En temps normal, ce n’est pas acceptable, alors dans un contexte de crise, encore moins», s’insurge-t-il.  

Le Conseil exhorte le gouvernement à autoriser la présence d’un proche aidant auprès des personnes âgées, tout en étant soumis aux mêmes mesures de sécurité que le personnel soignant.  

«L’interdiction d’un proche aidant aggrave la situation», dit-il.  

«Comme en temps normal»  

La résidence Ciel Bleu n’a pas souhaité répondre aux questions du Journal indiquant qu’il revenait au CIUSSS de l'Est-de-l'Île-de-Montréal de le faire. Le porte-parole de ce dernier a expliqué que les places qui se libéraient dans les CHSLD continuaient d’être comblées, «malgré la situation actuelle».  

«Si un résident ou une résidente a été contacté(e) pour obtenir une place en CHSLD, c’est parce que ce milieu de vie répond mieux à ses besoins et permet d’assurer sa sécurité», a expliqué le porte-parole Christian Merciari. Les soins continuent d'être donnés à nos usagers comme en temps normal.»  

Pourtant, l’attaché de la ministre des Aînés Marguerite Blais, Marjaurie Côté-Boileau, nous assure que «les transferts de personnes entre CHSLD étaient suspendus à l’échelle du Québec, dans la mesure du possible».  

«Cliniquement, il a été jugé que le transfert du patient devait se faire dès que possible. Il s’agit d’un cas particulier», précise-t-elle au sujet de Mme Saint-Onge.  

«Cas particulier ou service de soin comme en temps normal»? Pour la famille, le résultat est le même: dès demain, ils seront privés de contacts avec leur mère.