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Une sommité est prête à aider

Dre Joanne Liu
Photo d’archives, Agence QMI

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Consacrée parmi les personnalités les plus influentes dans le monde pour son rôle dans la lutte contre l’épidémie d’Ébola, Dre Joanne Liu, qui était jusqu’en septembre présidente internationale de Médecins sans frontières (MSF), espère avoir la chance de contribuer à cette crise sans précédent que traverse le pays. 

En sabbatique depuis quelques mois en Europe, Dre Liu bénéficiait d’une bourse pour écrire un livre sur les leçons qu’on devrait tirer d’événements comme l’épidémie d’Ébola en Afrique de l’Ouest. Ironie du sort, elle a dû rentrer plus rapidement que prévu étant donné la pandémie de coronavirus qui fait rage. 

«La vie me rattrape», lance cette pédiatre-urgentiste originaire de Québec, qui souhaite maintenant être sollicitée étant donné son expertise et ses compétences dans des situations extraordinaires. 

Pendant ses six ans à la tête de MSF, elle a aussi pris part aux opérations en Indonésie, après le tsunami de décembre 2018, en Afghanistan en 2015, ainsi qu’en Haïti, après le tremblement de terre de 2010. 

«Ce serait pour moi un honneur de pouvoir être utile à mon pays, dit-elle [...] Je suis en train de regarder ça avec des gens, j’espère qu’on va me solliciter, mais je suis hors système, car j’ai toujours été avec Médecins sans frontière, j’étais en sabbatique depuis quelques mois», expose-t-elle, confinée à la maison pour une douzaine de jours encore. 

Leçons du passé 

Dre Liu rappelle que le monde a bien constaté, lors de l’épidémie d’Ébola en 2014-2015, qui a infecté 28 000 personnes et en a tué 11 000, son incapacité à répondre en cas de pandémie. «On se disait alors: S’il arrive quelque chose un peu comme la grippe espagnole, qu’est-ce qu’on va faire?», se souvient-elle. 

Des résolutions avaient été adoptées à l’unanimité à l’ONU et au Conseil de sécurité, qui sont venues renforcer l’agenda sécuritaire sanitaire. Pour la première fois, on établissait qu’un problème de santé représentait une menace pour la sécurité et la paix dans le monde. Néanmoins, la situation n’a pas, sauf exception, débordé les frontières africaines. Un vaccin a aussi permis de contenir la progression. Puis, ce virus, contrairement à la COVID-19, ne se propageait pas par voies aériennes. 

«Comme on a un déficit d’attention général, ç'a duré le temps que ç'a duré, et après tout le monde est revenu à ses moutons, et la priorité a été tassée.» 

Bien que les deux situations diffèrent, Dre Liu voit deux points communs entre l’épidémie d’Ébola et la pandémie actuelle. La peur et les émotions, mais aussi la pensée magique. 

Accès aux soins 

Dre Liu constate ainsi l’impact énorme d’une telle situation sur les infrastructures de santé, où «on demande à tout le monde de courir un ultra-marathon». «C’est comme si vous faites du surf, que vous êtes vraiment sur le point de perdre l’équilibre, et la grosse vague s’en vient.» 

Elle s’inquiète pour l’accès aux soins, et pas seulement pour les personnes infectées. La vie continue, mais tout le focus est placé sur le virus. 

«On se rend compte qu’on n’a pas un système de santé aussi élastique et aussi résilient qu’on l’aurait voulu [...] Ce système roulait déjà à plein régime, mais on lui demande de faire du 150%, sachant que du personnel sera infecté, et qu’un afflux aux urgences sera observé.» 

Cette marge de manœuvre très mince, Dre Liu a aussi pu l’observer en Afrique de l’Ouest. Elle l’appelle le grand test où la collectivité doit pouvoir se retrouver et se serrer les coudes pour relever le défi. 

Des décisions difficiles devront être prises, on n’y échappera pas selon elle, mais chaque petit geste comptera. «On va arriver, mais ça va être dur, et c’est là que tout le monde aujourd’hui, dans sa capacité, peut faire quelque chose.» 

On peut notamment suivre les recommandations des autorités, en utilisant le système de façon adéquate, en s’informant, et en s’assurant que nos proches ne demeurent pas isolés, en leur téléphonant. «J’ai toujours un côté relativement positif, de conclure Dre Liu, mais je pense que ça peut être un moment de se retrouver ensemble comme collectivité.»