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Anthony Fauci: un Horacio Arruda qui se cherche un Legault

Anthony Fauci: un Horacio Arruda qui se cherche un Legault
AFP

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Comme de très nombreux Québécois et Québécoises, j’attends chaque jour le point de presse de nos responsables. Horacio Arruda, François Legault, Danielle McCann et les autres ministres sont devenus des figures familières dans notre quotidien. On a souligné à maintes reprises la qualité de leur travail. 

Aux États-Unis, l’expert vers lequel on se tourne pour expliquer la situation aux Américains est un expert tout aussi qualifié et respecté que le Dr Arruda. Il s’agit de l’immunologiste Anthony Fauci, qui dirige l’Institut National des allergies et des maladies infectieuses. Maintes fois récompensé pour son travail et reconnu mondialement pour ses stratégies de lutte contre le VIH. 

Comme le soulignait le Washington Post hier, à 79 ans, Fauci incarne la figure du grand-père sage et rassurant. Lors des conférences de presse, les journalistes s’arrachent ses commentaires, sachant que si des données fiables émanent de cet exercice, elles proviendront de la bouche de l’expert. 

Non seulement Fauci multiplie les interventions et les apparitions publiques, mais lorsqu’il disparaît pendant une journée ou deux, c’est qu’il travaille en même temps au développement d’un vaccin. Un emploi du temps dément, mais une disponibilité et une patience qui ne peuvent que forcer le respect. 

Si le bon docteur est respecté chez lui et dans le monde, un boulet entrave cependant sa liberté d’action ou l’efficacité de son message: l’administration Trump. Je ne compte plus les fois où, en écoutant les points de presse ou les entrevues, j’ai pu observer son malaise. Il sait que le président déforme les faits ou récupère la crise politiquement. Fauci ne fait pas de politique et il n’a rien à prouver, il veut sauver des vies et limiter les dégâts. 

Vous avez peut-être remarqué la plus récente controverse désamorcée par l’expert. Dans une allocution vendredi, le président a vanté les mérites d’un médicament utilisé pour lutter contre la malaria, l’hydroxychloroquine. Donald Trump affirmait d’abord qu’on pourrait l’utiliser efficacement pour guérir les patients, suscitant espoir et enthousiasme au sein d’une population de plus en plus inquiète. 

Anthony Fauci a alors hérité de la tâche ingrate de remettre les pendules à l’heure et d’atténuer la portée de la déclaration présidentielle. Comme le font jusqu’à maintenant nos dirigeants, il est préférable de présenter un portrait juste et réaliste de la situation. Mentir ou susciter de faux espoirs ne peut qu’affecter à la baisse la confiance nécessaire qu’il faut inspirer aux citoyens. 

Il était presque gênant d’entendre Fauci rappeler aux gens présents les principes élémentaires de la recherche scientifique. Le médicament doit d’abord être soumis à certains nombres de tests, ne serait-ce que pour s’assurer qu’il n’entraîne pas plus d’effets secondaires néfastes que de retombées positives. S’il s’agit d’une piste à étudier, il serait imprudent et prématuré de promettre au monde une solution miracle. 

Je mentionnais récemment que le président devrait savoir s’effacer et laisser temporairement les projecteurs aux spécialistes. La plus récente controverse le démontre bien. Donald Trump n’empêche pas Anthony Fauci de faire son travail, mais il nuit considérablement. Nos voisins comptent sur de nombreux spécialistes comme l’épidémiologiste, et ce sont ces experts et eux seuls qui devraient mener la lutte. 

Le jour où cette crise prendra fin, j’espère qu’on ne retombera pas dans le déni de la science et de l’opinion des experts. Parmi les choses positives que nous devrions tirer de cette sombre expérience, il y aura la reconnaissance envers ceux et celles qui contribuent depuis bien longtemps à améliorer nos conditions de vie.  

Que ce soit en Occident ou dans le monde, le développement scientifique, malgré des ratés occasionnels, a permis des avancées spectaculaires. Peut-être un brin inconscients de notre confort ou de notre relative sécurité, nous avions oublié à quoi peut ressembler une menace pour laquelle il n’y a pas de vaccin, pour laquelle nous étions trop peu préparés.