/sports/opinion/columnists
Navigation

Derek Aucoin considère qu’il est l’homme le plus chanceux sur terre malgré la maladie

ENT-DEREK-AUCOIN
Photo Agence QMI, Joël Lemay Derek Aucoin tient fièrement dans ses bras son fils Dawson nommé en hommage à l’ancien joueur des Expos Andre Dawson.

Coup d'oeil sur cet article

Derek Aucoin a l’impression de vivre dans un monde surréel depuis huit mois. En juillet dernier, il a reçu un diagnostic de glioblastome multiforme, un type rare de cancer du cerveau pour lequel le taux de survie est très faible. Depuis la semaine dernière, il est témoin, comme nous tous, de la propagation de la COVID-19 au Québec et partout ailleurs sur la planète. Ce sont de gros chocs à absorber en peu de temps. C’est comme si le monde s’effondrait.  

Aucoin a des flashes du 11 septembre 2001. Il vivait alors à Manhattan, sur la 77e Rue Ouest, près de Broadway. Des pompiers d’une caserne située près de chez lui, qui donnaient des biscuits à son chien, n’y sont jamais revenus lorsqu’ils ont été dépêchés au World Trade Center. La Terre était en état de choc. 

« Ce qu’on voit présentement, combiné à ce que je vis, c’est surréel, dit Derek au bout du fil. 

« Les premières fois que je suis allé au centre d’oncologie du CHUM pour mes traitements, je n’arrivais pas à y croire. Je me demandais ce que je faisais là. Je me disais que cet endroit ne pouvait pas être fait pour moi. » 

Biographie disponible bientôt 

Aucoin ressent la même chose face au coronavirus. 

« Ce qui se passe est-il vraiment réel ? lui arrive-t-il de se demander. 

« Mais au final, je me dis que les Québécois vont passer à travers cette épreuve de la même manière que les New-Yorkais ont survécu aux événements du 11 septembre. On est capables de s’entraider. » 

Comme il l’a toujours fait, Derek continue de s’informer de sa parenté et de ses amis en cette période de crise. Il va jusqu’à leur envoyer de la sauce à spaghetti. 

Mercredi prochain, les Éditions de l’Homme mettront sur le marché sa biographie intitulée Derek Aucoin La tête haute. Son ami journaliste Benoît Rioux, de l’agence QMI, lui avait parlé de ce projet bien avant que le cancer ne vienne bouleverser sa vie. 

Une vie bien remplie  

À ceux qui lui disent que l’ancien lanceur n’a disputé que deux matchs dans les majeures, Rioux répond que ce n’est pas donné à tout le monde. Chiffres à l’appui, il souligne que 19 690 joueurs ont évolué dans les grandes ligues en près de 150 ans d’histoire. C’est vrai que ce n’est pas tant que ça. 

Dans l’esprit du journaliste, le court passage de son copain dans l’uniforme des Expos n’était pas une raison pour ne pas produire sa biographie. Derek s’est imposé plein de sacrifices pour réaliser son rêve. Les joueurs ont juste de quoi vivre dans les ligues mineures. 

En faisant le tour de sa carrière avec lui, Rioux a découvert des choses qu’il ignorait au sujet de son ami.  

Exemple : lorsque Derek supervisait un programme de baseball destiné aux abonnés de saison des Yankees, il a enseigné aux enfants de Robert DeNiro, de Susan Sarandon et de son conjoint de l’époque, Tim Robbins. Jerry Seinfeld l’a emmené à sa résidence dans les Hampton pour qu’il prodigue des cours privés à son garçon. 

Héritage à son fils 

Malgré l’insistance de Rioux, Aucoin ne voyait pas le besoin de raconter son histoire. 

« Le changement s’est fait lorsque la maladie s’est manifestée, raconte-t-il. 

« Mon épouse Isabelle et moi étions assis au salon. On s’est regardés et on a eu l’idée au même moment. On s’est dit que c’était le temps.  

« On voulait le faire pour notre fils Dawson. On tenait à ce qu’il puisse connaître l’histoire de ma vie. C’est un héritage que je lui laisse, un enseignement de vie, un exemple à suivre face à l’adversité. » 

La rencontre d’une vie 

Dawson a été baptisé en l’honneur d’Andre Dawson, qui a inspiré Derek à faire carrière au baseball. Alors qu’il avait 10 ans, Aucoin a fait la rencontre de l’ancien voltigeur des Expos au parc Charbonneau de Boisbriand. 

Il lui a fait part de son désir de jouer avec les Expos quand il serait grand. Dawson lui a répondu : « Go for it! »  

« Tout est parti de là », ajoute Aucoin, qui s’est lancé à corps perdu dans l’aventure. 

Aujourd’hui, Aucoin se dit en mesure de comprendre le message d’adieu de Lou Gehrig à sa dernière apparition au Yankee Stadium, le 4 juillet 1939. L’homme de fer des Yankees, qui détenait le record du plus grand nombre de matchs consécutifs (2130) sans absence, venait d’apprendre qu’il était atteint de la sclérose latérale amyotrophique, maladie portant son nom depuis ce temps. 

« Je me considère comme l’homme le plus chanceux de la terre », avait lancé Gehrig devant une foule de 62 000 personnes émues. 

Aucoin comprend parfaitement ce que Gehrig voulait dire.  

« Le baseball n’a jamais cessé de me faire des cadeaux, dit-il.  

« Je suis reconnaissant de tout ce que la vie m’apporte, ma femme, notre fils, notre demeure, nos amis. » 

Pas à part des autres 

Aux personnes qui lui disent qu’il ne méritait pas pareil sort, Aucoin leur répond que ça n’a rien à voir. 

« Plusieurs me demandent s’il m’arrive de me fâcher ou de me dire « pourquoi moi ? » relate-t-il. 

« Ça ne m’a jamais traversé l’esprit. Ma nature m’incite plutôt à répondre « pourquoi pas moi ? Chez nous, on utilise souvent le mot gratitude. On s’est toujours considérés privilégiés, et là où il y a de la reconnaissance, il n’y a pas de stress.  

« Mon épouse dit que l’épreuve que l’on traverse est temporaire, alors que le pronostic de ma maladie dit que ce n’est pas ça. » 

Sa formation d’athlète le sert bien. Quand on travaille dans un milieu où l’abandon n’est pas une option, ça donne du caractère. 

« Sinon, ça devient difficile de se lever chaque matin, explique Aucoin. 

« Quand je me réveille le matin, je me dis qu’il va m’arriver quelque chose d’extraordinaire, avant que je ne pose mes pieds sur le plancher. Je me dis que quelque chose d’extraordinaire va se produire à travers moi. 

« Je me sers de ça pour inspirer d’autres personnes. Je recherche des occasions d’accomplir de belles choses pour les autres et mes objectifs se réalisent tous les jours. Je me couche comblé tous les soirs et je remercie le Bon Dieu de m’avoir permis de passer une autre belle journée. » 

Vendredi prochain, Derek Aucoin célébrera son 50e anniversaire de naissance. S’il dit que les Québécois vont bien se sortir de la crise causée par le coronavirus, ayons une bonne pensée pour lui. Tous ensemble, transmettons-lui des ondes positives.