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«Le COC a montré qu’il avait à cœur la santé des athlètes», selon Charles Philibert-Thiboutot

Charles Philibert-Thiboutot
Photo d'archives, AGENCE QMI Charles Philibert-Thiboutot

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Charles Philibert-Thiboutot était habité par des sentiments ambivalents quand il a appris la décision du Comité olympique canadien (COC) de ne pas envoyer d’athlètes si les Jeux olympiques de Tokyo se déroulent cet été comme prévu.  

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«Je suis très surpris de la décision du COC, mais je suis soulagé», a souligné le directeur des athlètes à Athlétisme Canada. «Nous [les différentes fédérations] avons eu des discussions avec le COC la veille de leur annonce, et j’ai été surpris que les dominos tombent en place aussi rapidement. J’aime m’exprimer et je suis très content que la voix des athlètes ait été écoutée.»  

«Le COC a montré qu’il avait à cœur le bien-être et la santé des athlètes contrairement au Comité international olympique [CIO], qui ne voit que les intérêts financiers», de poursuivre le spécialiste du demi-fond qui avait atteint la demi-finale aux Jeux olympiques de Rio de Janeiro en 2016. «Je suis fier de notre pays, qui donne beaucoup de valeur à la santé des athlètes. La décision du COC va peser beaucoup sur les autres pays, et leur décision va lancer un mouvement. J’espère que cette décision sera un agent de changement. Les athlètes ne peuvent pas être considérés comme de la chair à pâté éternellement.»  

Stratégie du CIO?  

Philibert-Thiboutot croit que le CIO a usé de stratégie en déclarant, samedi, que le sort des Jeux olympiques sera connu seulement dans quatre semaines. «C’est un délai assez long pour que les comités nationaux menacent de ne pas participer aux Jeux ou se retirent comme le Canada l’a fait, a-t-il expliqué. Cette menace des comités nationaux serait une raison tangible pour annuler les Jeux, et le CIO pourrait ainsi percevoir les assurances. Leur décision d’attendre quatre semaines a été motivée par l’argent et non la santé des athlètes. Le CIO craignait que la COVID-19 ne soit pas une force suffisante pour justifier d’être remboursé par les assurances. Avec le boycott des pays, ça change les données, et le CIO pourra toucher la prime prévue.»  

Philibert-Thiboutot est soulagé de la décision du COC. «Cela n’avait aucun sens de tenir un événement international dans ces conditions de pandémie. Des pays auraient pu s’en sortir à l’été, mais d’autres auraient pu être au plus gros de la crise. Ça ne regarde pas bien aux États-Unis. Tenir les Jeux pouvait seulement créer une deuxième vague du virus. Le CIO était insouciant, mais la pression sociale ne leur donnera pas le choix. Ça prend beaucoup de gens qui jappent pour les faire bouger.»  

Blessures  

Ennuyé par les blessures depuis deux ans, Philibert-Thiboutot croit que le report des Jeux olympiques lui sera bénéfique sur le plan personnel. «J’ai subi plusieurs malchances et je revenais toujours trop vite, a-t-il mentionné. C’était un cercle vicieux. Je vais maintenant pouvoir prendre mon temps et avoir une bonne base au lieu de tenter de faire des flammèches sur la piste. Au lieu d’un camp intensif aux États-Unis, je vais m’entraîner à Québec et passer du temps avec ma femme.» 

«Je suis fier que le Canada ait pris l’initiative» 

Gaétan Boucher
Photo Chantal Poirier
Gaétan Boucher

Quadruple médaillé olympique, Gaétan Boucher voit d’un bon œil la décision du COC de ne pas envoyer d’athlètes aux Jeux de Tokyo s’ils se déroulent en 2020. 

«C’est une bonne décision qui devait se prendre à un moment donné», a résumé l’ancien patineur de vitesse longue piste qui a remporté une médaille aux Jeux de Lake Placid en 1980 et trois autres à Sarajevo en 1984. «Le Comité olympique canadien a bien fait de ne pas attendre la décision du Comité international. D’autres pays vont suivre le Canada.» 

«Je suis fier que le Canada ait pris l’initiative, de poursuivre Boucher. Ça change quoi d’attendre encore quatre semaines? Ça force les athlètes à continuer de s’entraîner alors que les chances que les Jeux aient lieu sont très faibles. La situation se détériore de jour en jour. Je suis conscient qu’il y a de gros enjeux politiques et financiers.» 

S’il estime que le COC a pris une bonne décision, Boucher a une pensée pour certains athlètes qui seront pénalisés plus durement. «C’est malheureux pour les athlètes plus âgés en fin de carrière ou d’autres dont c’était la seule opportunité de participer aux Jeux olympiques, a-t-il indiqué. Quant aux athlètes qui continueront jusqu’en 2021, ils ne perdront pas tout. Le boycott des Jeux olympiques d’été de 1980 à Moscou avait fait mal à beaucoup d’athlètes. Si les Jeux de Sarajevo avaient eu lieu quatre ans plus tard, ils auraient été annulés en raison de la guerre qui sévissait dans l’ex-Yougoslavie. Il y a aussi eu les attentats aux Jeux de Munich en 1972. Après le boycott de 1980, les Jeux de 1984 à Los Angeles avaient aussi été affectés en raison de l’absence de certains pays, notamment de l’URSS.» 

«C’est exceptionnel parce que toute la population mondiale est touchée», d’ajouter Boucher, qui regarde chaque jour le point de presse du premier ministre François Legault. «Ça va au-delà du sport, et tu n’as pas le choix d’être plus prudent. On considère davantage les athlètes, même si les conséquences sont moins graves s’ils contractent le virus parce qu’ils sont en bonne condition physique. Il y a tellement d’argent dans le sport que tu dois protéger les athlètes.»