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Peu de gens connaissent Clearview, mais Clearview, elle, vous connaît

Peu de gens connaissent Clearview, mais Clearview, elle, vous connaît
Artem - Fotolia

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Pratiquement inconnue jusqu’en janvier dernier, la société Clearview AI est l’idée d’un jeune australien d’origine vietnamienne, Hoan Ton-That, qui selon le New York Times, a quitté en 2007 l’université en Australie pour déménager à San Francisco.  

Après avoir conçu quelques applications qui ont fait chou blanc, il fut même recherché par la police pour avoir créé des vers informatiques et des sites d’hameçonnage vers 2009, selon Wikipédia.  

Avec deux ingénieurs, son entreprise sortie de l’anonymat fin 2017 a pour mission de collectionner toutes les photos de gens sur Internet afin de les comparer avec des algorithmes de reconnaissance faciale.  

À la tête comme PDG de Clearview IA, Ton-That clame que son logiciel n’est qu’un outil d’application de la loi pour aider les forces de l’ordre à résoudre des enquêtes difficiles, comme des meurtres, des agressions et violences en tous genres et des cas d’exploitation sexuelle d’enfants.  

Concrètement, Clearview peut mettre un nom à une photo autrement anonyme tirée d’une caméra de surveillance.  

Mais les belles intentions s’arrêtent là. 

Peu de gens connaissent Clearview, mais Clearview, elle, vous connaît
Hoan Ton-That (@https://hoantonthat.com)

 

Des milliards de photos  

Bien que les outils de reconnaissance faciale ne soient pas offerts au public, Clearview AI a pour clients de grands organes de sécurité des États-Unis (Customs and Border Protection, FBI, des centaines de services de police locaux), selon l’enquête de BuzzFeed News. Même les individus au sein de ces organisations peuvent sans restrictions fouiller dans les banques d’images de Clearview à partir d’une photo tirée d’une caméra de surveillance.  

En entrevue en janvier dernier, Hoan Ton-That a déclaré au NYTimes que sa société travaillait avec 600 agences de police dans tout le pays.  

Mais la liste de clients ne s’arrête pas là. Exemple parmi tant d'autres, le 5 mars dernier, le NYTimes publie que le milliardaire John Catsimatidis, inquiet de voir sa fille sortir avec un inconnu dans un restaurant, a fait appel aux archives photos de Clearview après avoir fait photographier par le serveur le nouveau flirt de celle-ci. Rapidement, il sut que ce jeune n’était pas un charlatan, mais un entrepreneur de San Francisco.  

N’en déplaise à Facebook, Instagram, YouTube, Google  

Depuis sa mise au jour, Clearview possède désormais une banque de plus de 3 milliards de photos extraites de Facebook, Instagram, YouTube, Google et autres géants du Web.  

Devant ces invasions, ces mêmes géants ont lancé à Clearview – ce qu’on appelle dans le jargon juridique américain –, des ordonnances de cessation et d’abstention, exigeant l’arrêt des fouilles systématiques des photos par l’entreprise de Ton-That sur les réseaux. Des poursuites ont également été déposées contre elle en Illinois et en Virginie.  

Sans limites  

Selon les documents obtenus par BuzzFeed, «le logiciel de Clearview, qui prétend faire correspondre des photos de personnes d'intérêt à des images en ligne provenant de millions de sites, a été utilisé par des personnes dans plus de 2200 services de police, agences gouvernementales et entreprises dans 27 pays.  

Ces données fournissent l'image la plus complète à ce jour des personnes qui ont utilisé cette technologie controversée et révèlent ce que certains observateurs craignaient auparavant : la reconnaissance faciale de Clearview AI a été déployée à tous les niveaux de la société américaine et fait son chemin dans le monde entier.»  

Un profil complet en moins d’une minute  

Dans un autre article du 12 mars sur BuzzFeed, non seulement le logiciel de reconnaissance faciale est utilisé par les forces de l’ordre, mais aussi par des groupes politiques conservateurs, des investisseurs potentiels et autres organisations désignés comme «amis».  

Et toujours selon BuzzFeed, des pays couramment dénoncés pour leurs violations des droits de l’homme, comme l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, ont aussi eu accès aux services de reconnaissance faciale de Clearview.  

Sur le site OnezeroMedium.com, l’auteur Thomas Smith a pu obtenir en moins d’une minute seulement son profil complet avec des articles qu’il a publiés aussi loin que 2012, sa page Facebook, les pages Web d’un vieux groupe de codeurs qu’il a oublié depuis des lustres et des messages tirés du blogue personnel monté par lui et sa femme.  

Pour conclure, le titre du NYTimes résume bien ce qu’est Clearview: La société secrète qui pourrait mettre fin à la vie privée telle que nous la connaissons (The Secretive Company That Might End Privacy as We Know It).  

Aucun doute, Clearview n’a pas fini de faire parler d’elle.