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Comme les «snipers» de Sarajevo?

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Deux sacs de provisions dans les bras, à bout de souffle, Maryse entre en trombe dans l’appartement et claque la porte derrière elle.

Elle dépose les sacs, qu’elle vaporise de Purell avant d’en déballer le contenu. Que se passe-t-il ? « Rien ! J’ai décidé que je ferais les emplettes plus vite pour éviter les virus. Comme Paul Marchand dans le film d’hier soir ! ». 

La veille, nous avions vu Sympathie pour le diable, un film du réalisateur montréalais Guillaume de Fontenay. C’est le récit des dangers incroyables qu’a courus le correspondant de guerre Paul Marchand durant le siège de Sarajevo. Dans sa Ford Sierra cabossée, Marchand roulait toujours la pédale au plancher dans l’espoir d’éviter les snipers embusqués.

Je suis pas mal moins convaincu que Maryse qu’on puisse éviter le coronavirus en marchant plus vite ou en roulant à toute vitesse. Les balles des snipers, peut-être, mais les virus ? Il faudrait demander au bon docteur Arruda. 

MALGRÉ DES APPELS PRESSANTS

C’est vrai qu’en regardant Sympathie pour le diable, sur illico, j’ai pensé à notre situation. De 1992 à 1996, les 350 000 citoyens de Sarajevo sont encerclés par les Serbes. Quatre ans de siège durant lequel on ne peut sortir de chez soi sans risquer d’être blessé ou tué par les balles d’un sniper. Ces temps-ci, on ne peut pas sortir non plus, mais ce ne sont pas les balles qui nous menacent, mais un virus encore plus invisible qu’un sniper.  

Durant toutes les années du siège, les autorités de Sarajevo, comme le premier ministre François Legault, ordonnaient aux citoyens de ne pas sortir, d’envoyer une seule personne faire des courses, de ne surtout pas s’attrouper dans la rue ou un lieu public. Malgré ces appels pressants, le siège a fait 11 000 morts et des milliers de blessés. Nous, on ne sait pas combien la COVID-19 fera de victimes. On ne sait pas non plus quand elle lèvera le siège. 

MARCHAND SE CROYAIT IMMORTEL

Paul Marchand, dont plus d’un Québécois se rappelle les reportages que diffusaient régulièrement la télé et la radio de Radio-Canada, se moquait de la mort. C’était un fantasque et un insolent, a dit de lui l’éditeur Jacques Lanctôt, blogueur de notre journal. Lanctôt a bien connu Marchand lorsqu’il a vécu au Québec après ses folles années de reporter de guerre.

Paul Marchand avait peint la phrase suivante sur le toit de sa Ford Sierra : « Don’t waste your bullets, I am immortal ! » (Ne gaspillez pas vos balles, je suis immortel !) Cela m’a fait penser à ces Québécois qui se croient plus forts que le coronavirus et qui ne suivent pas les consignes. Un jour, comme le montre une scène dramatique du film, un sniper atteint Marchand alors qu’il file à toute vitesse dans sa voiture. Gravement blessé, il doit mettre fin à son métier de reporter.

Des années après le siège, je suis allé en Yougoslavie. Personne, mais absolument personne ne voulait parler de ces années noires. Comme si elles n’avaient jamais existé. 

Qui voudra se remémorer la crise de la COVID-19 si elle dure plusieurs mois et fait de trop nombreuses victimes ?