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Trois semaines de fermeture forcée qui vont lui coûter cher

Il devra redoubler d’efforts pour garder ses clients américains durant la crise

Le PDG de Moderco, Stephan Julien,
Photo Francis Halin Le PDG de Moderco, Stephan Julien, se demande si le gouvernement Legault a pris le temps de s’assurer que les travailleurs auront facilement leur prestation d’assurance-emploi avant d’ordonner la fermeture des usines.

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Le patron d’une PME familiale de Boucherville forcé de fermer ses usines trois semaines est pris dans un casse-tête logistique et financier, qui le saignera de millions de dollars.

« On va perdre un bon deux millions $ ces trois prochaines semaines, déplore Stephan Julien, PDG de la PME de cloisons mobiles Moderco, sur la Rive-Sud de Montréal. On doit aussi mettre un projet d’une vingtaine de millions $ sur la glace. »

Lundi, Québec a ordonné la fermeture des usines non essentielles pour essayer de ralentir la propagation du coronavirus. Le lendemain, Stephan Julien a remercié ses opérateurs qui gagnent entre 14 $ et 14,50 $ l’heure, et plus avec de l’ancienneté. 

Du jour au lendemain, ces travailleurs se voient forcés de vivre avec 55 % de leur chèque de paye avec l’assurance-emploi, en complétant le reste à même leurs vacances.

« On se fait dire que le système ne sera pas capable de traiter leur demande avant le 6 avril. Ce ne sera vraiment pas drôle si les gens n’ont pas d’argent pour s’acheter quelque chose à manger, lance le dirigeant. Ces trois semaines-là vont faire mal à énormément d’entreprises. »

Entretien des machines

Pour Moderco, la fermeture de ses deux usines de Boucherville et de celle de Longueuil le privera de ventes de deux millions de dollars. Sans parler du casse-tête logistique.

« S’il n’y a pas de retour au travail dans deux semaines et demie, on verra si on envoie une équipe d’entretien pour s’assurer que le matériel est prêt. On pourrait même redémarrer les machines juste pour les faire rouler », poursuit M. Julien.

Entretien des machines, électricité, loyer, gaz... L’entreprise devra continuer d’allonger des milliers de dollars durant ces trois semaines pour maintenir en vie ses usines. 

Plus important encore, Moderco devra entretenir de bonnes relations avec ses clients américains, qui représentent près de 75 % de ses ventes annuelles de 26 millions $.

« Nos clients sont majoritairement aux États-Unis, alors il faut garder un lien avec ces distributeurs-là. Il faut faire des dessins d’atelier, des devis techniques », explique le chef d’entreprise qui vient de consacrer une équipe à cette tâche en télétravail.

Avalanche d’appels

Un casse-tête que connaît bien le PDG de Sous-Traitance industrielle Québec (STIQ), Richard Blanchet, qui est bombardé d’appels de membres inquiets depuis deux jours.

« Si ton client est ouvert pendant que tu es fermé, il peut être tenté d’aller voir ailleurs. À l’inverse, si tu repars, et que des fournisseurs ne sont pas là, ça peut te causer des problèmes », analyse-t-il.

D’après lui, les usines qui fabriquent du matériel pour la défense, la sécurité ou le domaine médical s’en sortiront mieux que les autres, qui vivent dans l’inquiétude.

« Il y a des usines qui ne s’arrêtent pas sur un dix cennes, insiste-t-il. Par exemple, une usine d’injection de plastique peut ouvrir et se fermer assez facilement, mais des machines de produits chimiques, on ne peut pas les arrêter et les repartir comme ça. »