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Canadiens coincés à l’étranger : appel à l’aide en provenance de l’Inde

Ils appellent le fédéral à accélérer les négociations pour faciliter leur rapatriement

Mathilde Lafortune
Courtoisie Mathilde Lafortune

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Des Canadiens coincés en Inde implorent le gouvernement de faire le nécessaire pour les ramener rapidement à la maison, insistant sur l’importance d’offrir l’opportunité à ceux qui sont en région de rejoindre les grands centres puisque les transports sont actuellement paralysés.  

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Mathilde Lafortune se trouve à 7 h de route de Delhi, enfermée dans un hôtel de Rishikesh. Même si le gouvernement canadien annonçait aujourd’hui l’envoi d’un avion pour organiser le rapatriement, elle pourrait fort probablement ne jamais l’atteindre.   

«On a vu des gens se faire battre par des policiers dans les rues parce qu’ils ont circulé. Pour me rendre à Delhi, il me faudrait une lettre de l’ambassade confirmant mon vol et une autorisation de la police pour traverser les frontières entre les états et les blocus de la police sur le chemin. Je suis prise au piège», raconte la jeune femme, indiquant que la France, l’Allemagne et l’Ukraine ont envoyé des bus récupérer leurs ressortissants dans les environs au cours des derniers jours.   

«On espère la même chose du Canada», ajoute celle qui affirme avoir tenté de revenir au pays après l’appel du premier ministre Trudeau. «Il était déjà trop tard, les vols étaient annulés.»   

15 000 Canadiens  

Mme Lafortune assure ne pas être la seule dans cette situation. En fait, le chiffre de 15 000 Canadiens coincés en Inde circule de plus en plus dans le pays, une donnée que n’est pas parvenu à nous confirmer Affaires Mondiales Canada.   

Aux questions du Journal, une porte-parole a seulement répondu par un copier-coller de tweets du ministre François-Philippe Champagne, qui assure «travailler sur les options potentielles».   

Rien pour rassurer Mathilde Lafortune. «Chaque fois que je les ai contactés, tout ce que je reçois, ce sont des messages automatisés qui me disent de me laver les mains et de tousser dans mon coude», ironise-t-elle.     

Pour l’instant, elle assure avoir de quoi manger même si elle ne sort plus à l’extérieur, craignant «l’intolérance et la panique des gens». Des amis indiens lui apportent de la nourriture deux fois par jour, mais la pénurie pourrait frapper rapidement.   

«Je dépends totalement de l’extérieur. Il n’y a pas d’issue positive si le gouvernement ne fait rien», insiste-t-elle.   

La jeune femme a d’ailleurs lancé une pétition pour accentuer la pression sur le gouvernement canadien et ainsi faciliter son retour, ainsi que celui d’autres Canadiens, au pays. Plus de 1500 personnes avaient déjà signé en un peu plus de 15 h.   

Vols annulés  

Denise Bérubé, une Lévisienne de 65 ans, se trouve quant à elle depuis décembre à Benaulim, un petit village de pêcheurs de l’État de Goa. Celle qui devait initialement rentrer au pays le 1er avril a vu son vol de retour être annulé. Son conjoint, Raymond Verreault, qui est rentré de voyage à la mi-février, s’active désormais pour la ramener au pays. Mais la situation se complique de jour en jour en raison du confinement quasi total.   

Denise Bérubé et Raymond Verreault
Courtoisie
Denise Bérubé et Raymond Verreault

Les vols internes et internationaux ont presque tous été annulés. Même si le Canada devait trouver un accord avec l’Inde pour rapatrier les citoyens canadiens, comme pour les autres, rien ne dit que Mme Bérubé réussirait à atteindre Mumbai ou New Delhi.   

Entre-temps, la dame communique avec son mari par courriel. Ses messages sont empreints d’anxiété, mais elle a tout de même su garder son sens de l’humour dans les circonstances.   

«Je n’ai pas beaucoup de bouffe: Une boîte de céréales, 1 litre de lait soya, couscous, 1 melon, 6 oranges, 3 bananes, quelques craquelins, amandes 250 gr., café, autour de 14 litres d’eau, 2 litres de jus. Une certitude: je ne prendrai pas de poids», s’amusait-elle, cette semaine.   

À Lévis, M. Verreault demeure fort inquiet. «Quand tu es à distance et que tu n’as pas le contrôle, c’est insécurisant, décrit-il. J’ai des journées qui sont en dents de scie.»   

–Avec la collaboration de Taïeb Moalla