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Des camionneurs s’insurgent du prix du diesel

Le prix du diesel baisse beaucoup moins vite que celui de l’essence

Charles Pellerin,
Photo courtoisie

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Alors que les camionneurs sont au front pour livrer les produits essentiels pendant la crise de la COVID-19, le prix du diesel qu’ils utilisent baisse beaucoup moins vite que celui de l’essence. 

«À 30$ le baril de pétrole, avec un litre de diesel en haut d’un dollar, il y a des pétrolières qui se font du fun en ce moment, plus de fun que nous autres en tout cas», dénonce Charles Pellerin, propriétaire de Transport Charles Pellerin, à Yamachiche en Mauricie. 

Ce dernier transporte des panneaux électroniques aux États-Unis qui doivent notamment servir aux autorités pour faire des annonces dans des villes sur des mesures de santé publique. 

Il ramène à son retour au Québec des ingrédients utilisés pour la confection de biscuits. 

Le prix de l’essence a chuté aussi bas que 76 cents le litre dans la région de Montréal cette semaine, du jamais-vu en près de 20 ans. Le prix du diesel a aussi baissé, mais il se maintient au-dessus d’un dollar, selon des chiffres de la Régie de l’énergie du Québec. 

Jacques Jeanson, un autre camionneur de la région de Québec âgé de 68 ans, blâme les pétrolières et les taxes élevées pour expliquer pourquoi le diesel coûte en ce moment beaucoup plus cher que l’essence. 

«Le prix serait censé baisser, mais il ne baisse pas. Parce que de ce temps-ci, c’est quoi qui roule? C’est les camions», dit-il. 

Baisse du huard 

Selon Charles Pellerin, les camionneurs québécois souffrent en plus de la baisse du dollar canadien qui fait que les voyages aux États-Unis leur coûtent plus cher. 

Malgré les risques qu’ils prennent pour leur santé et la surveillance accrue dont ils font l’objet en ce moment, c’est beaucoup moins payant aujourd’hui de transporter des marchandises qu’il y a dix ans, selon Jacques Jeanson. Les camionneurs sont loin de faire des affaires d’or en ce moment, selon lui. 

«On s’expose à des amendes salées aux États-Unis si on sort des espaces réservés [à cause de la COVID-19]», dit Jacques Jeanson. Charles Pellerin et Jacques Jeason dénoncent le fait qu’il est même parfois difficile de trouver des toilettes. 

Selon Benoît Therrien, dirigeant de TruckStop Québec, un média destiné aux camionneurs, le prix du diesel ne devrait normalement pas être plus élevé que celui de l’essence parce que c’est moins coûteux de raffiner du diesel que de l’essence. 

Le carburant est le principal coût des camionneurs, souligne-t-il. «Une fois que le camion est payé, c’est de loin la plus grosse dépense», dit-il. 

Marge de profit 

Jean-Thomas Bernard, professeur de science économique à l’Université d’Ottawa, croit que les pétrolières augmentent leurs marges de profit sur le diesel en ce moment pour compenser la perte de revenus sur les ventes d’essence. «La demande est moins élastique pour le diesel que pour l’essence», explique-t-il.  

Ce dernier souligne que beaucoup de pétrolières ne font pas beaucoup d’argent en ce moment. Le porte-parole de l’Association canadienne des carburants, Carol Montreuil, n’a pas rappelé Le Journal jeudi.