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Des employés au bureau pour collecter les créances d’Hydro-Québec

À Laval, l’Agence de recouvrement TCR continue d’exploiter son centre d’appels, qu’elle considère comme un « service essentiel »

Joe Scarpelli
Photo Hugo Joncas Joe Scarpelli, vice-président, développement des affaires, à l’Agence de recouvrement TCR, se réfugie dans son bureau au passage de notre Bureau d’enquête.

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En pleines mesures de confinement et de crise économique, Hydro-Québec a dû rappeler à l’ordre une compagnie qui garde ses bureaux ouverts pour faire du recouvrement de dettes pour la société d’État et plusieurs institutions financières.  

L’Agence TCR collecte notamment des créances pour plusieurs banques et pour Desjardins.   

L’entreprise a ordonné à ses employés de se présenter au travail pour continuer à appeler des consommateurs qui doivent de l’argent à ses clients.   

Selon le ministère de l’Économie, les agences de recouvrement ne font pourtant pas partie des services essentiels ayant le droit d’ouvrir leurs bureaux malgré les mesures de confinement.   

Après un appel de notre Bureau d’enquête, Hydro-Québec a contacté l’Agence de recouvrement TCR « pour clarifier ce qu’elle faisait », explique Serge Abergel, directeur des communications à la société d’État.   

« On a demandé à cette firme-là d’arrêter tout recouvrement en notre nom, dit-il. L’activité a cessé. »   

Selon Hydro-Québec, TCR lui a déclaré qu’elle se considère comme un « service essentiel ». C’est aussi ce qu’une employée a dit à notre journaliste quand il s’est fait passer pour un consommateur qui voulait régler son dossier.   

« Malheureusement, Hydro-Québec c’est un service essentiel; on doit appeler les gens Monsieur », a-t-elle dit.   

« Aberrant »  

Un agent de TCR a contacté notre Bureau d’enquête pour dénoncer cette situation.   

« Mercredi on a eu un congé, mais dans le courant de la journée, tout le monde a eu des avis comme quoi on devait retourner au travail le lendemain », dit-il.   

L’employé, qui a demandé l’anonymat, trouve « aberrant » de devoir mettre sa santé en jeu pour une agence de recouvrement.   

« On ne donne pas un service, on appelle du monde pour collecter ! »   

Ses collègues rencontrés sur place étaient du même avis.   

« Je suis en colère », dit l’une d’eux. Pour ouvrir les portes, ils doivent appuyer sur un lecteur biométrique avec leur doigt. C’est un gros problème, car l’entreprise n’est même plus en mesure de fournir du désinfectant pour les mains, raconte-t-elle.   

Ne devriez-vous pas être à la maison? a demandé notre journaliste à un autre employé. « Qu’est-ce que vous en pensez? J’ai des enfants... »   

« Pas de commentaires »  

Sur place, le vice-président au développement des affaires, Joe Scarpelli, n’a pas voulu s’expliquer et s’est réfugié dans son bureau quand Le Journal a voulu lui parler.   

<b>Joe Scarpelli</b><br /><i>Vice-président au développement des affaires</i>
Photo Hugo Joncas
Joe Scarpelli
Vice-président au développement des affaires

« Pas de commentaires » non plus du côté du directeur des opérations Éric Piché, selon la réceptionniste de l’entreprise.   

Desjardins aussi  

Selon des employés de TCR, ils faisaient toujours des appels hier pour récupérer des dettes de clients de Desjardins et de plusieurs grandes banques.   

Après notre appel, Desjardins a étendu sa consigne en suspendant « toutes les activités de recouvrement, même pour les défauts qui datent de bien avant la crise », selon Chantal Corbeil, porte-parole.   

Il n’a pas été possible d’obtenir les commentaires des autres institutions financières concernées.   

« Fermez », dit le ministre  

Au cabinet du ministre de l’Économie Pierre Fitzgibbon, la consigne est claire. « Nous souhaitons que les entreprises réduisent au minimum leurs activités, ce qui peut vouloir dire la totalité de leurs opérations », dit Mathieu St-Amand, directeur des communications.  

TCR, une entreprise de Toronto, compte 75 employés à sa filiale de Laval. Une vingtaine des employés se sont présentés au travail hier. Les autres ont préféré défier les ordres du patron et rester à la maison.   

  


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