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La COVID-19 est-elle le pire échec des services de renseignement américains?

La COVID-19 est-elle le pire échec des services de renseignement américains?

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Dans un article publié mercredi, Micah Zenko, du magazine Foreign Policy, explique que la crainte d’un virus très contagieux émanant de la Chine n’est pas récente.  

Zenko raconte qu’en septembre 2019, le vice-président d’une grande compagnie américaine qui a des bureaux en Asie lui confiait que sa plus grande crainte résidait dans la propagation d’un virus. L’homme d’affaires ne pouvait deviner qu’il s’agirait de la COVID-19, mais, en bon gestionnaire, il envisageait les risques qui pointaient à l’horizon et faisait les préparatifs nécessaires.     

Si le gestionnaire d’une compagnie connaissait les risques, comment expliquer que les dirigeants américains, qui comptent sur de grandes agences de renseignement, n’aient rien vu venir? Zenko n’hésite pas un seul instant à déplorer le manque de vision du président et de son entourage. Non seulement a-t-on négligé l’évaluation des risques, mais, lorsque les premiers signes sont apparus, on a préféré les ignorer. On n'a même pas jugé bon d'effectuer quelques préparatifs...    

L’auteur du texte rappelle que, lors d’événements tragiques majeurs comme l’attaque de Pearl Harbor en 1941 ou les attentats du 11 septembre 2001, des enquêteurs et des historiens avaient également pointé les dirigeants.      

Le rapport d’enquête sur les attentats du 11 septembre distribuait une part de responsabilité sur les administrations successives de Ronald Reagan à George W. Bush. Aucune, démocrate ou républicaine, ne pouvait s’esquiver. Il faut cependant préciser qu’on parle, tant pour 1941 que pour 2001, d’attaques-surprises. Si on pouvait mieux se préparer à ces attaques, il était impossible d’en déterminer le moment. Après tout, c’est l’ennemi qui dirige les opérations et, ni en 1941 ni en 2001, l'imminence d'une attaque n'avait-elle été soulevée, malgré le sérieux de la situation.     

Le principal motif pour lequel Zenko est aussi dur avec l’administration actuelle est qu’elle a ignoré ou atténué l’importance des mises en garde de ses propres services de renseignement. Il reproche à Donald Trump et à ses conseillers une ignorance délibérée.     

Vous doutez de l’honnêteté du journaliste ou du magazine? Foreign Policy jouit d’une belle crédibilité, on y est quasi irréprochable sur les faits et, si le magazine a un penchant, c’est vers la droite. Point de vilains complots de médias progressistes ici. Que des faits vérifiables.     

À quel point l’ignorance ou l’indifférence ont-elles influencé le cours des événements? Les services de renseignement américains avaient identifié le virus dès 2017. On a rapidement avisé le président d’un risque potentiel de pandémie. Nous savons également que les services de renseignement ont poursuivi leur travail de sensibilisation en janvier et en février 2020, soulignant à chaque occasion que la menace était de plus en plus sérieuse. Donald Trump le savait quand il a dit aux Américains qu’il avait la situation bien en main et qu’après l’annonce des 15 premiers cas, tout reviendrait à la normale.     

La situation dégénère très rapidement chez nos voisins du Sud et, à certains endroits, on craint qu’elle ne soit déjà hors de contrôle. Non seulement ne s’entend-on toujours pas sur les mesures de confinement partout au pays, mais les gouverneurs de plusieurs États crient à l’aide.      

Le matériel, par exemple les respirateurs et les masques, fait cruellement défaut, alors que le président attaque personnellement des gouverneurs comme Andrew Cuomo (New York), Jay Inslee (Washington) ou Gretchen Witmer (Michigan) quand ils demandent au gouvernement fédéral d’intervenir.      

Contrairement à ce que laissait entendre le titre de ce billet, les services de renseignement américains ont fait leur travail. Dès 2017, on a sonné l’alerte, alors que le président effectuait des coupes dans la santé publique. S’il y a une faille majeure qui explique l’absence de préparatifs et de planification, elle se trouve dans le leadership politique. L’histoire jugera durement une administration qui savait. Trump ne pourra, à l’instar des Franklin Delano Roosevelt, Bill Clinton ou George W. Bush, prétendre qu’il ignorait l'évolution du dossier.     

Si vous souhaitez lire l'article de Zenko, cliquez ici.