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La pandémie de la peur

Microscope virus close up. China pathogen respiratory Corona Virus 2020. 3d render.
Photo Adobe Stock La peur pollue les esprits.

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C’était inévitable. Jour après jour, alors que la terre entière tremble devant le virus inodore, incolore et invisible, que nos pays dits les plus avancés demeurent impuis-sants à freiner par un vaccin encore inexistant ce porteur de mort, la peur émerge.

C’est une peur sourde, inavouable, qui noircit nos pensées, car elle nous rend suspicieux face aux autres. La désormais troublante, mais nécessaire distanciation physique transforme nos rites et nos approches. D’ailleurs, devant l’Autre, on ne s’avance plus – on recule.

On découvre soudain que nos poignées de main et nos bises distraites dorénavant dangereuses nous permettaient de nous apprivoiser, de nous réchauffer le cœur et agrémentaient nos échanges.

Menace

La peur pollue les esprits fragiles puisque l’Autre devient une menace.

C’est dans ce contexte que la tentation de la délation s’installe. Nous savons que trop de récalcitrants, jeunes et vieux, se fichent des consignes du gouvernement. Des personnes âgées s’évadent de leur résidence en catimini par des portes arrière et des plus jeunes narguent les « niaiseux » qui se soumettent à la Loi sur la santé publique, qui empêche des réunions, même dans des résidences privées.

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À situation exceptionnelle, encadrement exceptionnel. Mais la peur ne doit pas être le moteur de nos actions et de nos relations. Le trio qui nous guide chaque jour avec le premier ministre à sa tête joue un rôle de catharsis dans le Québec, en attente constante d’être rassuré.

François Legault répète comme un leitmotiv qu’il fait confiance à ses concitoyens. Qu’il préfère par conviction suggérer plutôt que de sévir. Qu’il croit au professionnalisme des policiers chargés d’appliquer ses directives. Mais il devrait sévir contre ceux qui n’entendent pas raison : des délinquants ou des caractériels qui se fichent des autres et jouent aux matamores.

Déraisonnement

La peur peut être parfois bonne conseillère si elle provoque un surplus d’adrénaline pour se défendre. 

Mais dans une pandémie comme celle que l’on traverse sans en voir encore l’issue, cette peur fait déraisonner. L’emballement par exemple pour des théories concernant un supposé complot anti-Trump ourdi par ses ennemis pourrait amener les gens à commettre des actes de violence.

Le climat actuel au Québec n’a rien de comparable. Mais il faut faire marteler jour après jour par des scientifiques les précautions à prendre pour se protéger afin qu’il y ait une lueur au bout du tunnel.

Cette lueur, c’est ma petite-fille, Rose, trois ans en mai, rentrée cette semaine au bercail avec ses parents du Costa Rica. Confinés, nous échangeons virtuellement. Rose a peine à comprendre, se colle la tête sur l’écran. Elle sait que c’est à cause de la pandémie, mot qu’elle répète haut et fort, qu’on ne peut être ensemble. 

Je lui ai expliqué que des microbes nous empêchaient de nous voir, car on pouvait les attraper. « Je vais ouvrir la porte et avec le vent tous les microbes vont sortir. Alors, Granddad et toi, vous pourrez venir dans ma maison », m’a-t-elle assuré. 

Rose n’a pas peur. Comment peut-elle avoir peur de ceux qui l’aiment et qu’elle aime ?