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Nos vieux sont seuls

Mon fils dit je t’aime à son arrière-grand-père.
Photo Geneviève Pettersen Mon fils dit je t’aime à son arrière-grand-père.

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Nos vieux sont seuls. Plus seuls que jamais. Et ils l’étaient bien avant la crise du coronavirus.

Depuis le début des mesures de confinement, la majorité des gens expérimentent le quotidien de bien des personnes âgées au Québec.

Tout seuls, ensemble

« Je n’en peux plus de passer mes journées vautré dans mon divan à chercher quoi regarder à la TV. » « Je suis seule à la maison et je déprime parce que je ne peux pas voir mon chum. » Voici un maigre aperçu des nombreux témoignages que je vois passer sur mon fil Facebook en ces temps de pandémie mondiale.

Dans nos maisons, on se sent isolés. On se sent tristes aussi. Et on ne sait déjà plus trop quoi faire pour passer le temps. Certains réalisent abruptement que leurs proches et leurs amis-es sont moins enclins à leur téléphoner ou à les facetimer qu’ils ne l’auraient d’abord espéré.

Oh, les deux trois premiers jours, ça allait. On se donnait rendez-vous virtuellement pour le 5 @ 7. Puis, la fête s’est terminée et on a réalisé ce qui se passait. On a compris que, derrière nos écrans, on était bien seuls au fond. On s’est mis à broyer du noir en pensant à ce temps pas si lointain où on pouvait encore aller se désennuyer au centre d’achats ou prendre une bière avec le voisin sur la galerie d’en avant.

C’est terrible à dire, mais on vit ce qu’une bonne partie de nos petits vieux en perte d’autonomie vivent dans les CHSLD et les centres de soins de longue durée québécois. Ils sont des milliers, parqués dans leur résidence, à attendre qu’un membre de leur famille les appelle ou daigne les visiter.

Ils méritent mieux

On parle ici des personnes qui ont construit le Québec. On parle du monde qui a fait de notre pays ce qu’il est. Ils s’appellent Gérard, Huguette, Raymonde et Osélina, pis ils passent leur journée à se bercer tout seuls pendant qu’on a mieux à faire. Vraiment, ils méritent mieux que ça.

Nos vieux sont seuls depuis un méchant bout, mais c’est encore pire en ce moment. Les personnes âgées, déjà isolées en temps normal, le sont encore plus.

Oui, le contexte donne lieu à des scènes spontanées et d’une émouvante beauté. Je pense entre autres à mon fils qui, l’autre après-midi, a grimpé jusqu’à la vitre du salon de son arrière-grand-père pour lui dire je t’aime. Il a 87 ans. Lui, 5.

On a vu des gens chanter sous les balcons de leurs mères et de leurs pères. D’autres ont organisé des célébrations virtuelles. Tout ça, c’est beau. Mais ça ne durera pas.

Tirons des leçons de tout ça. Peut-être qu’il aura fallu expérimenter l’isolement nous-mêmes pour mesurer le poids de la solitude vécue par nos aînés. Réalisons qu’il faudrait peut-être aussi arrêter de se prendre pour des héros du confinement alors que des personnes vivent ça chaque jour sans qu’on lève le petit doigt. 

Ne les oublions pas.