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Tranches de vie au temps de la COVID-19

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La condition humaine étant ce qu’elle est, chaque crise majeure nous en fait voir le meilleur et le pire à la fois. La pandémie de la COVID-19 ne fait pas exception. En ouvrant Le Journal hier, un de ces épisodes du « pire » chez l’humain est venu me chercher très personnellement.

L’article titrait : « Une bijouterie cambriolée à Montréal pendant la pandémie ». Mais pas n’importe quelle bijouterie. Pas une bijouterie pour les gens riches et célèbres. Juchée sur le boulevard Saint-Laurent depuis 1981, son nom est Rosas. Il y a quelques années, je l’ai découverte grâce à une bonne voisine.

Dans le quartier, c’est une vraie institution, m’avait-elle dit. À ma première visite pour faire réparer une montre, le patron, Eduardo Nunes, d’origine portugaise, m’a accueillie avec un large sourire. Chaleureux et ultraprofessionnel, il m’a impressionnée par sa célérité, la précision de son travail et ses prix super raisonnables.

C’est un cadeau

Faut dire que dans le coin, on trouve des bobos du Plateau, mais aussi plein de gens dont les moyens financiers sont modestes. À chacun de mes retours à sa boutique, je voyais bien que sa clientèle était à l’avenant. M. Nunes, je l’ai même vu remettre discrètement un bijou réparé à des clients moins nantis en leur disant, simple comme ça, « pas de charge, c’est un cadeau ».

Je l’ai aussi vu sortir de la pièce située derrière son comptoir, malgré un méchant rhume, encore en train de travailler. Toujours en devoir. C’est là l’essence même de nos commerçants et commerçantes de quartier. Un service accueillant et personnalisé. On s’y sent chez soi. Un service pour du vrai monde, par du vrai monde qui travaille fort. Très fort.

Dans Le Journal, Eduardo Nunes, désemparé, disait ceci : « Ça fait 39 années que je suis en affaires. C’est sûr qu’on avait gardé un peu de métaux de côté, des pierres précieuses, des bijoux en préparation pour les clients. C’est ça, le pire pour moi. Comment peut-on rembourser tout le monde ? » Même dans l’épreuve, son premier réflexe est pour ses clients.

Solidarité

Et si, justement par solidarité avec M. Nunes, ceux parmi ses clients qui en ont les moyens acceptaient de ne pas se faire rembourser ? En pleine crise, ne dit-on pas que chaque geste compte ?

Les commerces jugés « non essentiels » étant fermés pour un temps indéterminé, le fait est qu’ils sont tous vulnérables parce que les salauds, ça existe. Ceux qui bousillent le gagne-pain des commerçants, volent des masques dans les hôpitaux ou profitent de la crise pour arnaquer les gens sur le web.

Dans la tempête, les bonnes âmes sont heureusement beaucoup plus nombreuses. On le voit tout autour de nous. Jamais nous n’avons autant dit « merci ». Jamais nous n’avons autant voulu aider où on le peut et comme on le peut.

Car la réalité est brutale. Face à ce maudit virus, on ne sait pas qui tombera au combat ni qui s’en relèvera.