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Une chance qu’on s’a

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Ma voisine a eu 95 ans hier.  

En temps normal, on se serait donné la bise dans l’ascenseur, je lui aurais chanté « C’est à ton tour de te laisser parler d’amour ».     

Mais comme on est en pleine pandémie, on s’évite.     

Elle, chez elle. Moi, chez moi.     

Ma voisine, c’est Janette Bertrand. Et je m’inquiète pour elle comme je m’inquiète pour tous mes « vieux amis ».     

MALGRÉ LA PANDÉMIE QUI COURT  

C’est fou quand même. Il y a à peine quelques semaines, j’écrivais à quel point on ne prenait pas soin des personnes âgées au Québec. À quel point on les ignorait dans les médias, dans les émissions de télé.     

Je citais justement Janette. « Y’en a que pour les jeunes. On est à l’époque de : “Jetons les vieux et prenons leur place” », avait-elle déclaré aux Francs-tireurs.     

Alors que maintenant, avec la pandémie à laquelle ils sont plus vulnérables, on parle constamment d’eux dans les nouvelles.     

On veut les protéger, les préserver. C’est comme si on redécouvrait tout d’un coup la valeur, l’importance, le rôle crucial de nos aînés.     

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C’est triste que ce soit seulement quand leur existence même est menacée qu’on se soucie soudain d’eux. C’est juste triste qu’il ait fallu qu’ils soient menacés d’une hécatombe pour qu’on se rappelle qu’ils existent.     

Avant-hier, j’ai fait une marche de santé au parc, comme le recommande notre premier ministre. Je pars avec mon fils, mon mari, et on éteint nos cellulaires avec interdiction de parler du mot qui commence par un C. C’est comme le personnage de V... dans Harry Potter.     

Au parc, dans les allées désertées, je croise Luc Plamondon--- (78 ans) qui respecte bien les consignes, mais qui profite du soleil pour prendre l’air.     

Il devait se rendre à Paris. Tout a été annulé. Il est, comme nous tous, dérouté, assommé par les événements.     

Je lui ai dit que l’époque actuelle me faisait penser à L’amour existe encore, la chanson qu’il a écrite pour Céline (l’album Dion chante Plamondon en 1991) à l’époque d’une autre épidémie... celle du sida.     

Vous vous souvenez ? « La solitude que je redoute Qui me guette au bout de ma route Je la mettrai dehors Pour t’aimer une fois pour toutes Pour t’aimer coûte que coûte Malgré ce mal qui court Et met l’amour à mort ».     

Le mal qui court aujourd’hui est terrible pour nos aînés.     

Prenons soin d’eux. Ils nous ont tant donné. Ne l’oublions pas.     

UNE CHANCE QU’ON S’AIME  

Le gouvernement a demandé à Dodo (87 ans), à Yvon Deschamps (84 ans) et à Bernard Derome (76 ans) d’enregistrer des appels pour dire aux aînés de rester à la maison. Les aînés deviennent utiles, enfin !     

Et puis il y a le premier ministre qui cite Envoye à maison, la chanson de mon ami Jean-Pierre Ferland (85 ans), dont j’ai écrit la biographie.     

Mais moi, la chanson de Jean-Pierre qui me paraît la plus appropriée dans les circonstances, c’est Une chance qu’on s’a.     

« Quand tu m’appelles “mon p’tit loup” Avec ta petite voix Tu panses mes bleus Tu tues tous mes papillons noirs ».     

En cette période trouble, terrifiante, on est nombreux à avoir des papillons noirs. Une chance qu’on a les plus vieux pour passer au travers.