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Au cœur de la bataille

Christine Labrie
Photo courtoisie Christine Labrie, QS/Sherbrooke

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 Si nos premiers anges gardiens contre le coronavirus sont les travailleurs du réseau de la santé, les députés font aussi partie des héros qui travaillent à l’ombre des réflecteurs pour aider les citoyens en temps de crise. 

Véronique Hivon, PQ/Joliette
Photo courtoisie
Véronique Hivon, PQ/Joliette

« Je ne me suis jamais sentie aussi utile de toute ma vie, tellement c’est intense », me lance spontanément Véronique Hivon, qui a pourtant été ministre, et marraine de l’aide médicale à mourir. 

Sans reprendre son souffle, la députée péquiste de Joliette me défile une série de demandes d’aide diverses auxquelles elle a dû répondre avec ses employés de comté. Particulièrement depuis l’annonce de la fermeture forcée des entreprises jugées non essentielles, « on a senti chez les gens le niveau d’inquiétude augmenter significativement. Les appels d’entrepreneurs ont quadruplé. » 

Parce que voilà, lorsque les citoyens perdent leur emploi, leur logement, qu’ils ont besoin d’accompagnement, ils se tournent vers leur député.  

Dans cette période trouble, ces élus, souvent dénigrés, deviennent des phares pour guider ceux qui en ont besoin dans leurs démarches avec la brumeuse « machine gouvernementale ». 

« Je reçois maintenant en une journée autant de demandes d’aide qu’en deux semaines normales », témoigne Christine Labrie, députée solidaire de Sherbrooke. 

On la sent désolée de ne pas pouvoir en faire plus, malgré toute l’énergie consentie dans une autre longue journée de gestion de détresse. 

« C’est pas évident pour le moral. Les gens ont appelé à plusieurs endroits avant d’arriver chez nous, ils n’arrivent pas à avoir de réponse, et nous, quand on décroche, on sent la hausse d’anxiété et le stress qu’ils ont. On essaie de faire au mieux, mais c’est dur de se sentir aussi impuissants. » 

Élu au royaume de la PME, le caquiste Samuel Poulin carbure de 6 h jusqu’à 23 h certains soirs. Il dit avoir répondu à 59 entrepreneurs déjà, pour les assister dans leurs demandes et leurs questionnements. 

Tout le monde se connaît 

Dans les villages tissés serrés de Beauce-Sud, il vit aussi une proximité différente des milieux urbains. On l’appelle personnellement pour dénoncer des irresponsables vus dans des lieux publics malgré qu’ils soient de retour de voyage. 

« Ici, les gens se connaissent tous par leur nom, ils savent même la date que les gens reviennent de voyage... alors oui, je reçois des appels de délation. Des fois, je leur dis “appelle-le donc, parle-lui calmement” », raconte le jeune élu. 

Marie Montpetit, PLQ/Maurice-Richard
Photo courtoisie
Marie Montpetit, PLQ/Maurice-Richard

Dans le comté montréalais de Maurice-Richard, le maintien des services des trois banques alimentaires, affectées par la perte de bénévoles et plus que jamais essentielles, est au cœur des préoccupations de Marie Montpetit. 

Pour l’instant, les organisations tiennent le coup, mais la libérale craint les prochaines semaines. 

« Déjà, on n’arrête pas, mais en même temps, il y a une impression d’avant-tempête. Les choses tournaient au ralenti, mais si le cataclysme économique se produit, encore beaucoup plus de gens auront besoin de soutien », dit-elle, entre deux appels à des personnes aînées seules, pour s’assurer qu’elles ne manquent de rien. 

Heureusement, malgré les nuages sombres et les mauvaises nouvelles, les députés ont aussi leurs récits de petites victoires.  

Contactée par les membres d’une famille inquiète après l’annonce de l’interdiction des visites en CHSLD, Marie Montpetit a convaincu le CIUSS de son secteur d’organiser une conversation par Skype avec leur mère confuse. 

« Les enfants ont pu lui expliquer la situation, ils ont été rassurés de pouvoir lui dire eux-mêmes. Le CIUSS a été super et je me suis dit ‘‘wow ! on peut vraiment faire des choses au quart de tour.’’ » 

Poser des gestes 

Véronique Hivon a dû intervenir dans une situation inusitée : une dame de 62 ans qui devait sortir pour aller travailler était victime de remontrances des autres vivant dans la même résidence qu’elle, des gens confinés âgés de plus de 70 ans, qui craignaient qu’elle ramène le virus ! Une solution a été trouvée pour qu’elle puisse être compensée financièrement et qu’elle cesse temporairement de se rendre au boulot. 

Christine Labrie a plaidé pour que les employés du centre de prévention du suicide de Sherbrooke puissent bénéficier du service de garde d’enfants pour les travailleurs essentiels. « Ils nous avaient envoyé une lettre parce qu’ils n’y avaient pas accès, alors que pourtant ils sauvent des vies, puis, finalement ils ont été rajoutés à la liste. Le gouvernement a réagi rapidement. » 

Rôle à jouer 

Samuel Poulin, CAQ/Beauce-Sud
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Samuel Poulin, CAQ/Beauce-Sud

Samuel Poulin prédit même que la réponse des élus et du gouvernement à la crise contribuera à diminuer le cynisme politique. 

« Ce que je vais retenir de ça, c’est à quel point on a un rôle à jouer, et les gens le réalisent. À la prochaine élection, le taux de participation sera plus élevé, pour moi c’est clair. » 

En attendant, armés de leur portable et de leur sens du devoir, ils se consacrent à être la meilleure courroie de transmission possible entre les citoyens et le gouvernement, la plupart du temps en télétravail. 

Avec, eux aussi, leurs enfants à la maison et leurs propres contraintes familiales...