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COVID-19: François Legault dit non aux travailleurs de la construction

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Le premier ministre du Québec, François Legault, a fermé la porte à court terme à toute possibilité de paiement anticipé des allocations de vacances d’été des travailleurs de la construction.  

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Contraints par Québec de cesser toute activité professionnelle depuis mercredi (25 mars, à 0h01), des travailleurs de la construction réclamaient depuis quelques jours que la Commission de la construction du Québec (CCQ) accepte de devancer le paiement de leur allocation de vacances d’été.   

Or, questionné à ce propos lors de son point de presse quotidien vendredi, François Legault s’est montré peu réceptif à cette demande. «Bien, écoutez, on va d'abord passer à travers les [premiers] trois semaines, a répondu le premier ministre. Les deux semaines de la construction, c'est à la fin juillet. Donc, on va regarder si on se rend jusque-là. [...] Mais actuellement, ce n'est pas envisagé à court terme».   

Pourquoi pas?  

Cette réaction du premier ministre tranche net avec la position de travailleurs exprimée ces derniers jours sur les réseaux sociaux des principales plateformes de discussion, dont celle de la CCQ.   

Certains avec l’appui de leurs associations, dont le Syndicat québécois de la construction (SQC). Ce dernier regroupe à lui seul pas moins de 35 000 travailleurs de la construction dans la province, soit environ 20% des effectifs de l’industrie.   

«Nous sommes qui pour leur dire qu’ils n’y ont pas droit [à leur paie de vacances], ou qu’ils devraient encore attendre?», demandait pour sa part Charles-Olivier Picard, coordonnateur des relations de travail au SQC, lorsque consulté sur la question jeudi après-midi.   

«On a actuellement des travailleurs qui ont de la difficulté à joindre les deux bouts. Si c’est utile pour eux, si ça leur permettait de mieux vivre la crise que l’on traverse actuellement, pourquoi pas tenter de les aider?»   

La CCQ en attente  

Sans s’opposer à un tel devancement des versements, la CCQ, responsable de la distribution de ces paies de vacances, indique ne pouvoir décider de procéder de la sorte de son propre chef sans que les associations patronales et syndicales membres en fassent la demande.   

Son porte-parole, Pascal Gingras, explique que son rôle se limite à faire respecter les règles en vigueur dans l’industrie et, entre autres, à appliquer les modalités de paiement de vacances prévues aux quatre conventions collectives de l’industrie.   

Pour l’heure, l’enthousiasme ne paraît guère plus grand du côté des associations patronales. Après avoir d’abord indiqué jeudi accueillir avec «grande ouverture» cette idée de travailleurs frappés par la crise, la direction de l’Association provinciale des constructeurs d’habitation du Québec (APCHQ) s’est ravisée.   

Opération complexe  

Le vice-président aux affaires publiques de l’APCHQ, François Bernier, a rappelé Le Journal quelques heures plus tard avec un changement net de position: «Nous estimons que cette question est prématurée et qu’avant toute chose, il importe de prendre le temps de se demander si le versement anticipé de ces sommes serait la bonne chose à faire dans les circonstances.»   

Comme la CCQ, l’organisation patronale souligne que le versement de ces millions de dollars, résultat des prélèvements automatiques (paiement de vacances, jours fériés et maladies) appliqués sur les revenus des travailleurs entre les mois de juillet et décembre 2019, serait une opération complexe qui ne saurait être ordonnée à la légère.   

«On ne parle pas ici d’un petit changement. À l’heure où d’autres mesures sont mises en place par Québec et Ottawa pour aider les travailleurs, nous estimons que nous pourrions d’abord prendre un peu de recul et laisser la chance au coureur.»   

Agir maintenant  

«On peut facilement concevoir que ce n’est pas une chose simple», réplique pour sa part le représentant du SQC. «Mais dans le contexte actuel, l’argument de la complexité du mécanisme n’est pas très fort. Faut-il absolument que les choses soient simples pour entendre l’appel à l’aide de certains travailleurs?»   

À ceux qui souhaitent obtenir leurs allocations de vacances avant le moment prévu en juin, Charles-Olivier Picard conseille d’aller au bout de leur démarche en s’adressant à la CCQ. «Cet argent leur appartient. Et dans le contexte actuel, tout le monde peut facilement comprendre leur demande. C’est maintenant qu’il faut agir.»   

Du côté de la FTQ-Construction, qui représente un peu plus de la moitié des travailleurs du secteur au Québec, on se montre plutôt tiède à l’idée. Par la voix de son porte-parole, Philippe Lapointe, l’organisation syndicale a décliné toute demande d’entrevue et a déclaré jeudi n’avoir «aucun commentaire» à faire à ce propos.