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Le front numérique

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Photo AFP

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Depuis deux semaines, notre économie en ralentissement rapide se redéploie sur le télétravail. 

Les citoyens confinés trouvent réconfort, évasion et un peu de légèreté en écoutant de la télévision en ligne via les services de contournement. C’est clair que l’isolement aurait été pire à vivre il y a vingt ou même dix ans que ça ne l’est aujourd’hui.

Tout cela met une pression énorme sur la bande passante qui dessert nos foyers. De sa propre initiative, Netflix a annoncé que la qualité visuelle de ses vidéos serait réduite pour les trente prochains jours, ce qui abaissera de 25 % la quantité de données à faire circuler. YouTube, propriété de Google, a également agi en ce sens. Mais est-ce que la bande passante des fournisseurs d’accès tiendra longtemps ? Déjà, l’usager perçoit des ralentissements de service.

Pendant ce temps, l’accès à internet haute vitesse n’était même pas assuré sur tout notre territoire. Le monde rural doit aussi passer en mode télétravail. C’est impossible de le faire sans compter sur un haut débit de données.

Il y a un autre enjeu. Partout, les gens malades et nos aînés sont en isolement dans leur petit appartement, leur résidence, leur CHSLD ou leur hôpital, où la télé est offerte à prix prohibitifs. Les grands-parents n’ont pas tous accès au wifi ou à un forfait de données illimitées pour faire des FaceTime avec leurs petits-enfants. L’ennui est pire quand on ne peut pas voir le visage de ceux qu’on aime.

Stratégie de crise 

Nos gouvernements ont agi vite pour implanter l’éloignement social et définir des aides financières d’urgence. Ils doivent maintenant ouvrir le front numérique pour nous aider à passer à travers.

Il faut une stratégie de crise. Mobiliser tant les fournisseurs de contenu que d’accès pour développer des solutions originales et surtout améliorer la bande passante. Ils en ont le savoir-faire. Et les moyens.

Déjà, l’auteur de ce texte assume son biais professionnel en rappelant que Vidéotron a donné l’exemple en levant les limites de données sur tous ses forfaits internet au jour 2 de la crise. On peut toutefois aller encore plus loin et en appeler à ce que tout le monde fournisse le même effort. Les GAFAM (Google, Amazon, Facebook, Apple, Microsoft) qui profitent bien du contexte, comme en témoigne la tenue de leurs titres en bourse, peuvent contribuer.

Renforcer l’infrastructure 

On devrait d’abord avoir accès à des informations publiques et complètes sur l’impact des changements des dernières semaines sur la consommation internet des foyers. Il en va de même pour Hydro-Québec, par ailleurs. Comprendre comment la situation actuelle influe sur les comportements des usagers prend une importance fondamentale, aujourd’hui et pour l’avenir.

Il est plus que jamais temps que les fournisseurs de contenu basés à l’étranger contribuent fiscalement sur les territoires où ils s’enrichissent. À la liste des GAFAM, on peut en ajouter plusieurs, dont Disney. 

Ça prend également un chantier d’urgence pour déployer l’internet en région et des points d’accès publics sans fil robustes à proximité des hôpitaux et des grands complexes d’habitation. La bande passante doit grossir proportionnellement. Cet effort attendu depuis longtemps des pouvoirs publics doit faire l’objet de la collaboration et de la flexibilité des fournisseurs d’accès. De tels investissements soutiendraient l’économie et renforceraient notre infrastructure numérique pour l’avenir.