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Les demandes de réconfort abondent

Les prêtres ne sont pas autorisés à faire la confesse au téléphone ou via les réseaux sociaux, ordre du Vatican

Curé
Photo collaboration spéciale, Alex Drouin Le curé Steve Lemay dans son église vide à la paroisse Sainte-Marguerite-Bourgeoys à Sherbrooke. Il répond maintenant à ses fidèles au téléphone ou via les réseaux sociaux.

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Des prêtres québécois n’ont jamais eu autant de demandes de la part de leurs fidèles qui ont besoin d’être réconfortés par téléphone ou via les réseaux sociaux.  

«On discutait souvent avec les gens après la messe, mais depuis que tout est arrêté, on ne peut plus rencontrer ces personnes qui doivent trouver différentes façons de communiquer avec nous», raconte l’abbé Steve Lemay de Sherbrooke, en Estrie.  

Avant la crise sanitaire actuelle, il ne recevait qu’un ou deux messages par jour sur Facebook de gens qui ressentaient le besoin de lui parler. Aujourd’hui, c’est une dizaine par jour, sans oublier les nombreux appels téléphoniques reçus et les webdiffusions qu’il doit réaliser.  

«La solitude est très lourde pour certains, tandis d’autres ont des inquiétudes parce qu’ils ont un proche qui travaille dans le milieu hospitalier. Pour d’autres, c’est l’anxiété de ce qui va arriver après la crise», résume celui qui est habitué à gérer ce genre d’inquiétude sociale puisqu’il était curé à Lac-Mégantic lors de la tragédie ferroviaire qui a coûté la vie à 47 personnes en 2013.  

L’abbé Alain Mongeau de Montréal, lui, reçoit une vingtaine d’appels par jour.  

«Les gens veulent surtout être écoutés», soutient-il.  

Questionnés à savoir si la situation actuelle avait amené de nouvelles personnes à croire en Dieu, les deux prêtres ne pouvaient répondre à cette question.  

Pas de confession téléphonique  

Les prêtres peuvent écouter et prier avec ceux qui entrent en contact avec eux par téléphone ou par les réseaux sociaux, mais il leur est impossible de leur donner l’un des sept sacrements de l’Église, tels que la confession et la communion, ou encore de les marier.  

«Ça ne se donne pas à distance, et c’est contre les règles de l’Église puisqu’il faut être en face de la personne pour le faire», explique le prêtre Steve Lemay, en mentionnant qu’il y avait également une certaine gestuelle associée à ce protocole en plus d’utiliser des objets religieux.  

«Les objets ne peuvent passer par le fil de téléphone ou par un écran d’ordinateur», a-t-il blagué.  

Les prêtres ont d’ailleurs reçu récemment des indications de la part des hautes instantes religieuses de Rome leur rappelant qu’il ne fallait pas pratiquer les sacrements via les réseaux sociaux ou par téléphone.  

«Il ne faut pas perdre le sens de cette rencontre ainsi que son aspect spirituel», précise l’abbé Mongeau.  

«Un prêtre pourrait se déplacer en personne advenant que ce soit urgent, mais il devra respecter les règles sanitaires qui nous sont imposées», ajoute l’abbé Julien Guillot de Québec.  

Se moderniser  

Ces trois hommes ont répondu par l’affirmatif lorsqu’on leur a demandé si cette crise permettait à l’Église de se moderniser en se servant des médias sociaux afin de joindre leurs fidèles.  

«On a vu des prêtres plus âgés s’inscrire sur les réseaux sociaux tandis que d’autres ont fait des Facebook live», souligne le curé Steve Lemay.  

Des prêtres seuls dans leur église à Pâques  

Puisqu’aucun rassemblement n’est permis pour lutter contre la COVID-19, certains curés de la province célébreront Pâques seuls dans leur église.  

Le curé Steve Lemay
Photo collaboration spéciale, Alex Drouin
Le curé Steve Lemay

«Ça va être ennuyant cette année et plate pour nous de ne pas pouvoir célébrer avec les fidèles», déplore le curé Steve Lemay de Sherbrooke, en Estrie.  

«Ça fesse dans le dash!», lance l’abbé Alain Mongeau de la région de Montréal.  

Pour les catholiques, Pâques est le moment le plus important de l’année, car ils soulignent la mort et la résurrection du Christ. Pour eux, c’est plus important que Noël.  

«C’est le cœur de la foi chrétienne», tranche M. Lemay, qui se rendra à son église, seul, et procédera au rituel religieux, mais devant des bancs vides.  

Bien que la situation change au quotidien et que le premier ministre a demandé à ce que le Québec «soit mis sur pause» jusqu’au 13 avril, soit une journée après Pâques, il serait très étonnant que les différentes églises de la province puissent célébrer la fête pascale entourées de leurs fidèles.  

«La foi chrétienne est de communiquer en groupe, et ce ne sera pas la même dynamique, mais je me dois de le faire, car nos croyants savent qu’on les porte dans nos prières», explique-t-il.  

Si les conditions le permettent, car tout peut encore changer d’ici le 12 avril, l’abbé Alain Mongeau sera lui aussi dans son église à Pâques.  

Les deux hommes disent comprendre la situation actuelle et affirment respecter les mesures gouvernementales pour lutter contre la COVID-19.  

«Contrairement à l’Halloween de l’année dernière, on ne peut pas changer la date de Pâques, compare l’abbé Mongeau. Cette année, Pâques passera à l’histoire, et ce sera du jamais vu [en raison des églises qui seront vides].»  

D’autres curés interrogés par Le Journal ont fait savoir qu’ils tenteront de diffuser un Facebook live ou de mettre la cérémonie sur YouTube.  

Différents moyens  

Joint par téléphone, l’abbé Julien Guillot de la région de Québec a mentionné qu’il avait trouvé un moyen original de conserver l’esprit religieux malgré les circonstances.  

«On a fait fabriquer de 300 à 500 rameaux qu’on va laisser sur le portique de l’église et on va demander à la population de venir en chercher afin de les installer sur la galerie. C’est important de rejoindre le plus de monde possible», indique l’abbé Julien Guillot.