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Retour à la normale?

GEN-COVID-19
Photo Agence QMI, Joël Lemay La place d’Armes et la Basilique Notre-Dame étaient vides hier à Montréal.

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Beaucoup de gens disent souhaiter un « retour à la normale » rapide.

Tout dépend de ce qu’on entend par ce « retour à la normale ».

Si vous entendez par là de pouvoir sortir librement, donner une poignée de main, embrasser un ami, retourner au restaurant et voyager, bien sûr.

Qui ne souhaite pas retrouver cela ?

Improviser

Si vous entendez par « normale » de retrouver notre société exactement comme elle était avant cette crise, oubliez ça.

Beaucoup d’entreprises rebondiront, mais certaines mourront.

Beaucoup de travailleurs ne retrouveront pas le même emploi et devront se contenter de moins.

Nos gouvernements replongeront dans le rouge et devront faire des choix difficiles.

De ce point de vue, il n’y aura pas de « retour à la normale ».

Un ami m’a envoyé un courriel que je retourne dans ma tête depuis.

Cette « normalité » que nous espérons tant retrouver, dit-il, c’est aussi, d’un certain point de vue, ce qui a conduit à la crise actuelle.

Comme il dit, un « retour à la normale ne serait pas normal puisque c’est ce qui nous a amenés là où nous sommes ».

Regardons nos institutions. Je vous donne juste deux exemples.

Pourquoi les autorités ont-elles ordonné si vite le confinement quasi total (que j’appuie à 100 %) ?

Ce n’est pas seulement parce que ce virus se propage facilement. 

C’est aussi parce que notre système de santé n’avait pas la capacité de tester vite un très grand nombre de gens.

Bref, comme on ne savait pas qui était porteur et qui ne l’était pas, on a préféré, très logiquement, isoler tout le monde.

Un tas de sociétés occidentales prirent la même décision.

Pourtant, le monde avait été prévenu par l’OMS qu’un virus redoutable frapperait bientôt et que la plupart des sociétés n’étaient pas prêtes.

Nous n’avons pas écouté et nous avons dû improviser. Dans les circonstances, on improvise plutôt bien, mais on improvise quand même.

En Corée du Sud, où les autorités avaient la capacité de tester vite et massivement, on a pu isoler rapidement les contaminés et, donc, on n’a pas eu besoin de confiner la totalité de la population pendant une longue période.

Deuxième exemple : l’aide de 2000 $ annoncée par Ottawa. 

Elle soulève d’innombrables questions auxquelles les autorités peinent à répondre. 

C’est une aide bienvenue, je ne prétends pas le contraire, je dis juste qu’elle est totalement improvisée.

Bref, nos sociétés sont gouvernées en fonction du court terme et du spectaculaire. On en voit aujourd’hui les conséquences.

C’est à cette « normalité » qu’on veut revenir ?

Leçons

J’espère que non et que des leçons seront tirées, car il y aura d’autres virus.

Il faudra planifier, prévoir, stocker, éduquer, être prêts.

Il faudra redécouvrir l’importance de l’État et des frontières nationales, des réalités méprisées depuis longtemps et, pourtant, les seules en mesure, aujourd’hui, de juguler la crise.

Sur le plan individuel, il y a aussi une « normalité » à laquelle il ne faudra pas revenir.

Comme dit mon ami, il ne faut pas revenir à se foutre de tout tant que nous ne sommes pas personnellement affectés.

En serons-nous capables ? Je crains que non, mais j’espère que oui.