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Des Québécois vivent des heures angoissantes au Pérou

Ils dénoncent une « loterie » donnant accès aux vols de retour vers le Canada

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Photo Reuters Des policiers ont embarqué dans un camion des citoyens de Lima, au Pérou, à un point de contrôle.

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Des Québécois redoutent de rester coincés pendant des semaines au Pérou en raison de l’opération de rapatriement « chaotique » des autorités canadiennes, tandis que les mesures péruviennes pour contrer la propagation gagnent en sévérité. 

L’État péruvien a décrété une fermeture complète de ses frontières il y a deux semaines, à l’exception de rares vols permettant aux pays de rapatrier leurs citoyens. Samedi, le gouvernement a annoncé que tout militaire ou policier serait exonéré de responsabilité pénale s’il tuait ou blessait quelqu’un dans le cadre de ses fonctions.  

« Désolant », « chaotique », « dégueulasse », « fiasco » : le programme de rapatriement canadien essuie de dures critiques de ressortissants québécois qui perdent espoir alors que la situation s’envenime au Pérou.  

Les centaines de voyageurs en attente de rentrer au pays n’ont pour le moment vu que trois avions être déployés pour les ramener au Canada. 

« Les Russes, les Américains, les Israéliens sont partis. Les seuls qui restent, c’est les Canadiens », regrette Joël Martinez, de Verdun, coincé avec sa copine, Joëlle Boily, à Mancora, à une quinzaine d’heures de route de Lima. 

« Une loterie » pour revenir 

Si les vols de retour se font rares, les places à bord de ces avions le sont tout autant. Les voyageurs doivent s’inscrire en ligne, après quoi un code d’accès leur est envoyé dans les jours précédant le départ. 

 « Le système est comme une loterie », illustre M. Martinez. La réception à des moments aléatoires, soumis à la fiabilité du réseau internet et des appareils de chacun, hausse d’autant le caractère aléatoire de cette quête au billet de retour. 

« C’est vraiment ceux qui vont le plus vite qui ont les places. En dix minutes, le vol est plein. Si tu n’es pas assez vite sur le piton, c’est impossible d’avoir une place », raconte Léo Bermond, 21 ans, originaire de Gatineau. 

« À ce rythme, à un ou deux vols par semaine, nous serons encore ici à la fin du mois d’avril », s’inquiète Nathalie Rheault, qui se trouve à Cuzco, à 20 heures de route de Lima. 

« Ne pas savoir est le pire. Et se faire faire des faux espoirs par son ambassade, c’est encore pire », juge Gabrielle Turbide, 23 ans. 

Gabrielle Turbide et son copain, Pierre-Olivier Déry, sont coincés au Pérou.
Photo courtoisie
Gabrielle Turbide et son copain, Pierre-Olivier Déry, sont coincés au Pérou.

Dernières chances 

Par-delà des ratés et de la lenteur du processus, les ressortissants canadiens craignent que leur retour à court terme soit rendu carrément impossible si la situation continue de s’empirer en Amérique du Sud.  

Pour des voyageurs comme Joël Martinez et Joëlle Boily, cette course contre la montre signifie aussi devoir faire des heures de route pour rallier Lima à temps. Ils entament ce matin leur ultime tentative, un parcours incertain d’environ 15 heures. « Si on ne réussit pas, on va être pris ici des mois », se résigne Joël Martinez. 

La députée fédérale de Beauport–Limoilou, Julie Vignola, ajoute que le système fédéral a également largué des voyageurs dont le retour aurait dû être prioritaire, soit des aînés ou des personnes souffrant de problèmes de santé. « Il va y avoir un grand regard à faire sur nos mesures, nos plans d’urgence en cas de rapatriement », estime l’élue bloquiste.

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La situation des Canadiens au Pérou

  • 5625 Canadiens se sont inscrits au programme de rapatriement 
  • 3 vols de rapatriement ont été faits jusqu’à maintenant  
  • 2 vols sont prévus cette semaine  

Les forces de l’ordre auront le droit de tirer sur les contrevenants  

Les militaires et les policiers péruviens qui patrouillent pour faire respecter la quarantaine ne seront désormais plus à risque de conséquence s’ils blessent ou tuent quelqu’un par « légitime défense », ont annoncé les autorités samedi. 

« Le personnel des forces armées et de la police nationale du Pérou est exempté de toute responsabilité pénale dans l’exercice des fonctions constitutionnelles qui [...], de manière réglementaire, provoque des blessures ou la mort » du contrevenant, est-il écrit dans une loi promulguée samedi. 

Cette mesure s’ajoute à un isolement obligatoire et à un couvre-feu nocturne appliqués depuis deux semaines. En date de samedi, plus de 26 000 personnes avaient déjà enfreint cette directive gouvernementale. 

« Chèque en blanc » 

Le Pérou, qui recense 671 personnes infectées à la COVID-19 et 16 décès, accentue également la présence militaire et policière dans de nombreux quartiers, ont confié plusieurs Québécois au Journal

Si les soldats postés dans les rues apparaissent sympathiques pour plusieurs, il reste que les pouvoirs qui leur sont consentis sont énormes, juge le criminaliste québécois Maxime Roy. 

Dans l’hypothèse où un soldat abattrait un citoyen dans la situation visée par la loi, il n’aurait à subir aucun procès. « Ça paraît plus comme un chèque en blanc », estime Me Roy, pointant qu’au Canada, la légitime défense est un moyen de défense et non un motif pour soustraire un individu à des accusations.  

« Ça soulève plusieurs questions, pour ne pas dire que ça fait peur. On laisse le libre arbitre à chaque militaire de choisir ce qui est raisonnable ou non comme force dans les circonstances. Ça peut varier grandement d’un militaire à l’autre. Ça peut aller d’un simple avertissement à, quoi, tirer sur les foules pour les disperser ? », émet l’avocat en guise d’hypothèse.