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«La plume rouge» d'Angèle Delaunois: L’incroyable épopée de Marguerite de Roberval

Angèle Delaunois
Photo Pierre-Paul Poulin Angèle Delaunois

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Pour son premier roman pour adultes, l’écrivaine Angèle Delaunois, star de la littérature jeunesse, s’est lancé tout un défi : un roman historique basé sur l’histoire vraie de Marguerite de La Rocque. Pour des raisons qu’on découvre dans le roman, la jeune femme a été lâchement abandonnée sur un îlot rocheux, entre la Basse-Côte-Nord et Terre-Neuve, par son cousin et tuteur, Roberval.   

En 1541, Jean-François de La Rocque, seigneur de Roberval, est mandé par le roi François 1er pour aller fonder une colonie au bord du fleuve Saint-Laurent. Tuteur de sa cousine orpheline Marguerite, 18 ans, Roberval l’invite à se joindre à l’expédition pour devenir institutrice en Nouvelle-France.  

D’abord hésitante, Marguerite finit par accepter. Mais elle comprend, lors de la traversée, que les intentions de Roberval ne sont pas très honnêtes. Vexé de voir que Marguerite ne cède pas à ses avances, Roberval se fâche et l’abandonne sur un îlot, la condamnant à une mort certaine.  

Heureusement pour elle, un membre de l’équipage part à sa rescousse. Une histoire d’amour et de survie naît entre eux alors qu’ils affrontent ensemble les périls de leur nouvelle vie.  

Blanc-Sablon  

Avec une plume ravissante, Angèle Delaunois fait revivre le 16e siècle dans ce roman d’amour et d’aventures qui raconte une arrivée houleuse en Amérique. Elle s’est d’ailleurs intéressée au personnage de Marguerite de Roberval après avoir passé des vacances dans sa parenté à Blanc-Sablon, sur la Basse-Côte-Nord.   

«On a fait un pique-nique aux îles de la Demoiselle, dans la baie des Belles-Amours. Je me posais des questions... je suis très curieuse et je trouvais ça très romantique, dit-elle. C’est là qu’on m’a raconté cette histoire; celle d’une femme qui s’était fait larguer par Roberval. Au début, je trouvais que c’était peut-être une légende et que ça n’avait pas trop de fondement.»  

Une héroïne  

Au fil de ses recherches, elle a retrouvé sa trace dans plusieurs textes historiques. «Elle me disait qu’il fallait que je la sorte de l’oubli ! C’est quand même la première héroïne de la Nouvelle-France et on ne la connaît pas.»  

Angèle Delaunois a fait un travail de recherche colossal, fouillant dans le journal de bord de Jacques Cartier et les documents historiques pour s’assurer d’un cadre historique juste et crédible. «J’ai fait des recherches sur Roberval, qui était quelqu’un d’assez autoritaire. Ce n’était pas un gentil!»  

Roberval était connu pour être un joueur, un libertin, qui a fait sa fortune comme corsaire. «C’était un homme de son époque, un noble qui était dans les faveurs de François 1er. Les nobles appartenaient à la cour. Ils étaient bien nés, donc c’était normal qu’on leur accorde tout, même ce qui était énorme. Il n’y avait pas de respect des femmes à l’époque, et Marguerite était un peu une oie blanche...»  

En même temps, Angèle Delaunois aimait l’idée d’une jeune femme qui décide de vivre autre chose que ce qu’on avait prévu pour elle. «C’est ça qui m’intéressait aussi, parce qu’elle est un peu féministe. Elle ne se laisse pas faire. Elle a fait l’autruche au début. Elle se rend compte que Roberval a d’autres visées sur elle et ça ne lui convient pas.»  

Elle a donc redonné vie à Marguerite de Roberval à travers une histoire d’amour, avec un compagnon d’infortune débrouillard et attentionné. «Le contexte est historique, mais il y a tellement de trous dans cette histoire-là... je les ai comblés avec mon imagination, en faisant en sorte que ce soit logique.»  

EXTRAIT  

Angèle Delaunois
Photo courtoisie

«Pour sa dernière nuit à terre, Jean-François de Roberval a rejoint une maison connue où des bras accueillants lui font oublier, pour quelques heures, les dangers et les devoirs qui seront les siens dès le lendemain dans l’aventure royale qu’on lui a offerte. Il sait que Marguerite est à bord. Il n’est pas si pressé de la retrouver. Avant de faire sienne cette petite oie blanche, il devra faire preuve de patience et se montrer meilleur qu’il ne l’est réellement. Alors il se vautre dans la débauche. Son tour à elle viendra, qu’elle le veuille ou non. Sur le bateau, elle ne pourra aller bien loin... autant dire qu’elle sera à sa merci.»  

– Angèle Delaunois, La plume rouge, Guy Saint-Jean Éditeur, 250 pages  


♦ Angèle Delaunois est écrivaine et éditrice.  

♦ Elle a publié plus de 100 livres en littérature jeunesse et a reçu de nombreux prix (Prix du Gouverneur général, prix littéraire AQPF/ANEL, prix Toronto-Dominion).  

♦ Elle a fondé les Éditions de l’Isatis.