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La vérité selon Onfray

Grandeur du petit peuple
Photo courtoisie Grandeur du petit peuple
Michel Onfray, Éditions Albin Michel, 371 pages

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Michel Onfray est un enragé, dans la plus pure tradition de 1789.

C’est un homme en colère. En colère contre les injustices et les inégalités sociales. 

Au cours des deux dernières années, il fut un des rares intellectuels français à appuyer le mouvement des Gilets jaunes. 

Il est bien pessimiste, Onfray. 

Selon lui, rien n’a changé depuis que le monde est monde, aucun mouvement social, aucune révolution, de la révolution bolchévique à la révolution chinoise, en passant par la révolution cubaine, rien n’a aidé la cause du peuple. 

Il y a encore et toujours des possédants et des non-possédants. 

Même entre Gilets jaunes on se jalouse, on se discrédite. Il y a ceux qui « collaborent » avec le pouvoir pour faire avancer la juste cause, et ceux qui refusent tout compromis et veulent tout casser. 

Le portrait qu’il brosse du mouvement des GJ est hallucinant. 

Ce mouvement de revendication radical fut le cheval de Troie par lequel de nombreux partis politiques, de la France insoumise au Front national, des « chanteurs de charme » et autres récupérateurs professionnels du showbiz, des gauchistes de salon, des syndicalistes professionnels, etc., ont tenté de s’infiltrer au sein du petit peuple pour mieux le manipuler.

Résultat : la France est plus que jamais divisée en deux. 

Du côté des élites – « philosophes, essayistes, journalistes, acteurs, écrivains, politicologues, éditocrates, conseillers du prince » –, on a tout fait, dit-il, pour discréditer ceux qui ont faim et qui manifestent. Selon les élites, les enragés ne seraient que des nationalistes anti-Europe, des bellicistes dangereux, des souverainistes pétainistes, voire nazis. Attali les a même qualifiés d’antisémites, rien de moins.

Les coins carrés

Onfray est sûrement passé maître dans l’art de tourner les coins carrés, comme on dit populairement. 

Rien ne trouve grâce à ses yeux. Il a l’amalgame facile, notre défenseur de la veuve et de l’orphelin, dont les origines modestes semblent, à ses yeux, lui donner un laissez-passer pour la vertu. 

Robespierre, Lénine, Staline, Trotski, Mao, Castro, Pol Pot, même combat, selon lui. La gauche libérale comme la droite libérale, socialistes et libéraux, communistes et écologistes, FO, CFDT ou CGT, c’est du pareil au même. Tous contre le peuple.

C’est plutôt accommodant comme démonstration. 

Démocratie directe ?

On a beau jeu ensuite de vanter la démocratie directe des Gilets jaunes qui s’apparenterait au socialisme libertaire du XIXe siècle. Un « peuple sans tête et sans nom, sans visage et sans représentants » vaut-il mieux qu’un peuple avec une tête et des porte-parole ?  

C’est ce que croit Onfray.

Oui, le philosophe en colère a raison de dénoncer un système corrompu et honteux, avec prébendes, ristournes, retours d’ascenseur, copinage, pratiqués par ceux qui sont au sommet de la pyramide, ainsi que la bien-pensance dont se drapent ceux qui disent être sensibles aux doléances du petit peuple, mais qui ne font rien de concret pour améliorer son sort, pigeant au contraire dans le bar ouvert que permet un certain statut politique.

À l’opposé, je me demande : faut-il vraiment avoir les deux pieds dans la mouise pour connaître LA manière de s’en sortir ? Je n’en suis pas certain.

Oui, il y en a des raisons à la colère des gagne-petit : petits commerçants des campagnes, artisans, salariés de l’État au bas de la pyramide sociale, et Onfray les énumère très bien. 

Oui, on comprend mieux pourquoi la hausse du prix de l’essence a déclenché en province ce vaste mouvement de protestation. 

Onfray présente ses arguments avec panache. 

Mais je doute fort que ce grand chambardement qu’il appelle de tout cœur soit une alternative réaliste et même souhaitable à la démocratie représentative actuelle.