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Une équipe qui manque parfois de profondeur

En donnant des directives avec des objectifs mal définis, le ministre Roberge angoisse plus qu’il ne mobilise les enseignants.
Photo Didier Debusschère En donnant des directives avec des objectifs mal définis, le ministre Roberge angoisse plus qu’il ne mobilise les enseignants.

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Dans le monde sportif, les analystes assimilent les succès d’une équipe à la qualité des releveurs ou à un club qui a de la profondeur. Il ne suffit pas d’avoir le meilleur joueur, celui-ci doit être bien entouré.

François Legault se comporte comme un véritable joueur étoile dans la gestion de la crise, mais son entourage n’est pas toujours de même qualité. Quelques mois avant la crise, j’entendais des amis, proches du monde politique et des cabinets ministériels, parler des faiblesses de plusieurs ministres et de leurs collaborateurs. Quelques déclarations récentes de ministres renforcent ces appréciations.

La peur mobilisante

Jusqu’à maintenant, le premier ministre a su faire un judicieux mélange de propos apeurants et rassurants afin de sortir les gens de l’indifférence et de les mettre en action. Certains prétendront que c’est la voie à emprunter pour susciter l’acceptabilité sociale des mesures contraignantes et ils n’ont pas tort. Toutefois, la stratégie de communication du premier ministre permettait également d’amener les gens à réagir pour leur propre survie.

Le docteur Serge Marquis, spécialiste en matière d’épuisement professionnel, mentionnait, dans l’allégorie de l’homme des cavernes et du mammouth, que la peur peut être saine en soi. Le cerveau est conçu pour déceler les dangers. Face au mammouth, l’homme primitif pouvait s’enfuir ou décider de le combattre, à défaut de quoi il risquait de finir écrasé par la bête préhistorique. Dans la conjoncture actuelle, le premier ministre nous invite à fuir la bête invisible plutôt que de la laisser nous tuer ou tuer un des nôtres.

En contrepartie, notre premier ministre doit également entretenir l’espoir et nourrir l’optimisme pour éviter le découragement généralisé. Malheureusement, les propos rassurants sont souvent contredits par des acteurs sur le terrain, comme le manque de masques ou d’autres matériels de protection, et pourraient ultimement entacher sa crédibilité. 

D’autre part, les actions promptes des ministres doivent aussi être mesurées pour ne pas neutraliser les efforts du chef. L’appel au bénévolat du ministre Boulay, la directive du ministre Roberge aux enseignants d’entrer en contact avec leurs élèves ou les assurances de la ministre McCann sur le maintien des chirurgies urgentes ont souffert d’une certaine improvisation et de la nécessité de leur apporter des nuances. 

Enfer et bonnes intentions

Les spécialistes appréhendent un manque de réactif pour les tests de dépistage de la COVID-19. À l’opposé, nos ministres souffrent d’hyperréactivité. Un exemple frappant est celui du ministre Jean-François Roberge. Reprenant la suggestion d’une prof de McGill, il donne la directive aux enseignants de communiquer avec leurs élèves sans leur donner plus d’explications sur l’intervention appropriée. 

Poursuivant l’analogie du premier ministre, on ne peut pas, en guerre, tirer partout. Il faut identifier les cibles les plus pertinentes et s’y attaquer avec un plan bien défini. Il semble qu’on soit sur la bonne voie pour le ciblage, en se préoccupant des clientèles les plus vulnérables, mais le brouillard demeure épais sur le plan dintervention !