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COVID-19: des années sur la touche?

Des experts en économie du sport craignent que la pause forcée puisse perdurer

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Pendant la pause forcée dans le monde du sport afin de limiter la propagation du coronavirus, les stades de par le monde sont vides et le seront encore pour de longues semaines. Et si ce grand néant devait plutôt s’étirer sur quelques années?

La question, à première vue, semble aussi alarmiste qu’irréaliste. Toutefois, dans le cadre d’un reportage du site The Athletic, l’économiste du sport Richard Sheehan, de l’Université Notre Dame, a lancé l’hypothèse.

«Je ne suis pas sûr que nous pourrons tenir des matchs devant public dans les deux prochaines années», s’est-il avancé.

«Vous allez dire: Wow! Mais posez-vous la question. Quand est-ce qu’un vaccin sera disponible? Tu ne peux ouvrir tes portes aux partisans. C’est simple, très simple. Même en août, en septembre, il n’y aura pas de vaccin. Le problème est qu’on ne sait pas qui l’a (le virus). Tu peux être asymptomatique et propager la maladie. Tant que ce sera le cas, tu ne peux avoir des personnes dans les estrades.»

Dur de se prononcer

Plus près de chez nous, Jean Gosselin, stratège en communication spécialisé en marketing sportif, est loin de tirer sur le messager.

«Avec l’évolution de la situation, il n’y a pas de scénario farfelu en ce moment. On ne sait pas comment la pandémie va se répandre ou si on va lui résister. Indépendamment de ce que les ligues souhaitent, si les autorités de la santé publique décident que les stades demeurent fermés, elles ont le dernier mot.

«D’un point de vue logique, un tel scénario peut tenir la route. Il y a trois semaines, ça aurait paru peu réaliste. Là, je ne veux pas être celui qui va dire que ce spécialiste est dans le champ. Notre boule de cristal en ce moment, c’est une boule de quilles. On ne voit rien à travers et il n’y a pas une option qui peut être écartée», a-t-il expliqué.

«Très exagéré»

Frank Pons, professeur titulaire au département de marketing de l’Université Laval et directeur de l’observatoire international en management du sport, croit pour sa part que l’attente sera longue, mais pas en termes d’années.

«Ça me paraît très exagéré de parler de deux ans sans public. Toutefois, une reprise rapide du sport devant public m’apparaît questionnable. L’aplanissement de la courbe du virus ne signifie pas qu’il n’y aura plus de gens contaminés, mais qu’ils seront plus étalés dans le temps. En ce sens, un retour rapide sera difficilement envisageable», croit-il.

M. Pons comprend que le plus tôt sera le mieux, à la fois pour les amateurs de sports qui crient famine et les équipes sportives privées de revenus. Il est toutefois préférable de s’armer de patience.

«Le sport a toujours été un source de résolution de problèmes. Les gens ont le désir que ça reprenne, mais quand ça va se faire, est-ce que le sport passera par-dessus la méfiance des gens? Qui aura envie de se retrouver par milliers, entassés les uns sur les autres?», se questionne-t-il.

Un modèle à revoir

Le désir de se retrouver dans un rassemblement de milliers de personnes, c’est une chose. La capacité de payer des consommateurs, même les plus avides, en est une autre.

«Les gens continueront de vouloir s’offrir du divertissement, mais rien n’assure qu’ils pourront le faire de la même façon qu’avant la crise. Et le sport a l’avantage de pouvoir être suivi à la télévision.

«Une ligue comme la LNH, qui mise beaucoup sur la billetterie dans la diversification de ses revenus, devra peut-être développer un tout autre modèle d’affaires. C’est un grand point d’interrogation. Il faudra probablement changer les structures de prix», estime Jean Gosselin.

Selon lui, il ne faut pas croire pour autant qu’il s’agira du coup de mort des marchés plus boiteux.

«J’ai l’impression que la ligue adoptera un plan de soutien pour ses plus petits marchés. Elle ne laissera pas mourir ses équipes. La LNH a encore besoin de stabiliser son produit.»