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Tous ses rendez-vous de suivi pour son cancer du sein reportés en raison de la pandémie

Kathleen Frenette
Photo Simon Clark Notre journaliste Kathleen Frenette a vu tous ses rendez-vous de suivi pour son cancer du sein être « reportés jusqu’à nouvel ordre » en raison de la pandémie.

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Nos journalistes vivent eux aussi toutes sortes de problèmes et de péripéties dans leur vie quotidienne. Ils nous livrent ici leurs témoignages personnels dans lesquels plusieurs de nos lecteurs se reconnaîtront.  


En juillet 2018, on m’a diagnostiqué un cancer du sein et si j’ai reçu de la chimio, de la radio, de l’immuno et subi une opération, j’ai aussi eu de la chance, puisqu’à l’issue de cette bataille, il ne me reste qu’une toute petite cicatrice.  

Ça, c’est physiquement. Mentalement, on est ailleurs. Depuis la fin de mes traitements, je vis quotidiennement avec un ami invisible: la peur. Celle que tout recommence. La peur, sournoise et insidieuse. Celle qu’une cellule ait échappé aux multiples produits injectés dans mon corps.     

  • Écoutez l'entrevue de Kathleen Frenette avec Jonathan Trudeau à QUB Radio:

Je n’ai jamais voulu faire pitié. Je suis forte et surtout, je sais que la chance a toujours été mon alliée. Depuis plusieurs mois, je gère mon anxiété et j’arrive à vivre avec l’impression de vertige qui s’empare parfois de moi.     

Toutefois, je dois avouer que depuis quelques jours j’ai un peu (beaucoup) plus de difficulté à composer avec ce trouble qui revient me hanter quotidiennement.    

Lorsque j’ai appris, en lisant au travers des centaines de communiqués reçus, que dans le contexte de pandémie, tous les examens de dépistage du cancer du sein et de suivi seront reportés jusqu’à nouvel ordre», j’avoue que la panique, la crainte et le doute sont venus s’ajouter à ma peur.     

Désormais, ce sont ces sentiments qui se collent à ma peau, le soir, quand je finis par m’endormir.      

Retenir son souffle  

Je devais revoir ma médecin bientôt pour ce que l’on appelle un «suivi de contrôle».     

Depuis la fin de mes traitements, je suis allée à l’hôpital à quelques reprises et, à chaque fois, le moment que j’attendais le plus arrivait lorsqu’elle me disait, après l’examen physique, que «tout était beau». Une seconde de soulagement après avoir eu l’impression de retenir mon souffle, comme lorsqu’on émerge d’une piscine après y être resté plongé trop longtemps.      

Cette semaine, j’ai toutefois compris que je vais devoir, comme des milliers d’autres femmes, garder mon souffle un peu plus longtemps.    

La prochaine fois que je vais discuter avec ma chirurgienne-oncologue, ce sera probablement au téléphone parce que dans les hôpitaux, on essaie de limiter les déplacements et les risques de complications pour ceux et celles qui sont immunosupprimés.     

Dans ma réflexion des derniers jours, je me suis rendu compte qu’au fond, ce n’est pas tant qu’une petite cellule oubliée par la chimiothérapie se remette à se multiplier dans mon corps qui me fait peur.     

Mais plutôt la crainte de voir une nouvelle fois ma vie s’égrainer petit à petit. La peur de perdre ceux que j’aime. De ne plus leur tenir la main.    

Face à l’inconnu  

Un peu comme avec la fameuse COVID-19. Ce n’est pas tant le virus qui me fait peur, mais bien le fait de voir le monde se transformer. Mon monde s’écrouler.     

En fait, ce qui fait peur, c’est de se retrouver devant l’inconnu et de ne pas trop savoir comment y faire face. C’est de se retrouver devant un obstacle et de penser qu’on ne pourra pas le surpasser.     

Mais vous savez ce que je répète inlassablement à mon fils William depuis qu’il est tout petit lorsque la vie nous malmène et nous fait vivre des épreuves que l’on ne souhaitait pas? Inquiète-toi pas, mon homme... après les nuages, le soleil finit toujours par revenir.