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Certaines régions se croient à l’abri

Plusieurs citoyens des régions concernées par l’annonce de Geneviève Guilbault laissent aller les mesures de confinement.

Certaines régions se croient à l’abri
Photo Didier Debusschère

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C’est Geneviève Guibault, vice-première ministre, qui s’est avancée devant nous, samedi, pour nous donner les dernières nouvelles concernant la Covid-19 et nous faire les annonces importantes de la journée. Elle relayait François Legault, qui prenait un congé bien mérité.

Est-ce un hasard si on a attendu que ce soit madame Guibault, aussi ministre de la Sécurité publique, qui prenne le relais au point de presse quotidien pour nous faire part des mesures plus drastiques de contrôle du territoire québécois? Je ne pense pas.    

Il faut protéger les populations éloignées   

Quand la vice-première ministre a annoncé que les déplacements pour entrer et sortir du Bas-Saint-Laurent, de l’Abitibi-Témiscamingue, de la Côte-Nord, du Nord-du-Québec, du Saguenay–Lac-Saint-Jean, de la Gaspésie et des îles de la Madeleine, du Nunavik et des terres cries de la Baie-James, seraient interdits, j’ai poussé un soupir de soulagement.     

C’était la décision à prendre dans les circonstances. Et ces circonstances sont simples. On parle ici de régions éloignées qui n’ont pas les mêmes infrastructures de soins et ont des populations isolées. On parle de territoires où des gens pourraient être tentés d’aller se réfugier, comme ce couple d’inconscients qui a tenté d’élire domicile dans une communauté autochtone du Yukon, menaçant leur santé et celle de la Première Nation des Gwitchin Vuntut au passage.     

Tous les déplacements pour entrer et sortir des régions visées par le décret gouvernemental sont donc proscrits, sauf ceux qui touchent les services essentiels ou ont rapport à des raisons de santé et/ou humanitaires.     

Un effet pernicieux   

Dès l’annonce de Geneviève Guibault, il y en a eu pour s’inquiéter de la restriction ne nos libertés individuelles. Ceux-là se sont demandé si on assistait à la naissance d’un État policier qui continuerait d’appliquer ces mesures exceptionnelles au-delà de la crise. Seul l’avenir nous le dira, mais ça m’étonnerait énormément que le gouvernement québécois se serve de cette épreuve pour entraver nos libertés individuelles dans le futur. On n’est pas dans une république de bananes, quand même.     

Non, moi ce ne sont pas les interdictions temporaires d’aller où bon nous semble qui m’inquiètent. C’est plutôt le faux sentiment de sécurité que de telles mesures génèrent en dehors des grands centres.     

Le gouvernement l’a dit. C’est à Montréal et en Estrie qu’il y a le plus de personnes testées positivement à la Covid-19. Il y a, jusqu’à maintenant, très peu de cas en Abitibi et au Saguenay par exemple.     

Ces déclarations ne sont pas tombées dans l’oreille d’un sourd. Plusieurs citoyens des 8 régions concernées par l’annonce de la ministre de la Sécurité publique ont pris ça comme un billet vers le laisser-aller. Plusieurs ont commencé à se dire que les mesures de confinements, c’était juste bon pour Montréal, qu’ils n’avaient pas besoin de capoter autant que nous autres, pauvres Montréalais.     

Résultat : plusieurs citoyens ont pu apercevoir des rassemblements près de chez eux. Je le sais, parce que plusieurs m’ont envoyé des photos après avoir appelé la police.     

Oui, des suites de l’annonce de madame Guilbault, Josée a recommencé à aller souper chez Gilles et Suzie, les adolescents se sont à nouveau entassés dans les sous-sols, histoire de rattraper le temps perdu et, peut-être, d’échanger les fluides dont parlait le bon docteur Arruda. Ces citoyens se sentent protégés, invincibles, puisqu’ils se terrent au bout des routes sinueuses et enneigées de la province.     

Gens des régions, continuez à rester chez vous et à laver vos mains rigoureusement. Parce que, malheureusement, la Covid-19 franchira tôt ou tard les limites du parc des Laurentides et de la Route de la Baie-James. Personne n'est à l'abris.