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Cuomo 2020?

Cuomo 2020?
AFP

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Le gouverneur de l’État de New York Andrew Cuomo avait déjà envisagé de se lancer dans la course à l’investiture démocrate. Des sondages effectués à sa demande révélaient des appuis presque nuls à l’échelle du pays.

Le nom du gouverneur se retrouve partout les médias. Déterminé, proactif et empathique, Andrew Cuomo est peut-être la figure la plus connue de la lutte contre la propagation de la COVID-19, à l’exception du Dr Anthony Fauci.  

Depuis quelques jours, les partisans de Cuomo espèrent qu’il ne soit pas trop tard pour que le gouverneur remplace Joe Biden comme candidat à la présidentielle. Les scénarios les plus fous sont envisagés au moment où l’ancien vice-président s’est isolé pour respecter les mesures de confinement. Cuomo, lui, est omniprésent. Il est sur toutes les tribunes.  

Notre monde a changé brusquement depuis quelques semaines; la cote de popularité de Cuomo aussi. Pas qu’on ne respectait pas les compétences ou le travail du gouverneur, mais sa cote de popularité avait diminué et sa poigne ferme en irritait plusieurs. Fort en gueule, le fils de l’ancien gouverneur Mario Cuomo ne se gêne jamais pour affronter des rivaux ou ceux qui n’appuient pas ses initiatives.  

Cuomo a obtenu un troisième mandat en 2018, mais, lors des deux dernières élections, il a dû affronter un ou une adversaire démocrate avant de s’en prendre aux républicains. Si on ne doutait pas du résultat final, la marge de manœuvre et la confiance étaient réduites. Pour la campagne 2020, il a accordé son appui à Joe Biden, et les deux hommes entretiennent des liens amicaux.  

Depuis l’éclosion de la COVID-19 aux États-Unis, l’État de New York et la ville en particulier sont les plus durement touchés. Près de la moitié des cas d’infection s’y retrouvent et on nous présente chaque jour des images de rues désertes et d’hôpitaux débordés. L’arrivée dans le port de la ville d’un navire-hôpital militaire ajoute au portrait sombre et au caractère quasi surréaliste de la situation. Citoyens et personnel médical lancent des appels à l’aide.  

Face à cette crise, Andrew Cuomo se démarque par son franc-parler et son empathie. Si on a reproché au président de souffler le chaud et le froid, de se contredire et de privilégier l’économie avant la santé publique, Cuomo lance un message clair qu’il explique sans défaillir. Il donne l’impression de savoir où il va et il est bon pédagogue.  

Des observateurs le considèrent déjà comme le véritable opposant de Donald Trump. Tout en se gardant de critiquer trop vigoureusement le président, Cuomo se permet malgré tout de le contredire et de le corriger. Déjà, des partisans du président font circuler des vidéos de fausses informations parce qu’ils espèrent piéger le gouverneur.   

Les médias américains s’arrachent les commentaires ou les entrevues de Cuomo, tout particulièrement CNN. La chaîne a même choisi de confier plusieurs entrevues du gouverneur au frère de celui-ci, Chris Cuomo. La complicité entre les deux hommes est évidente et on alterne entre la présentation d’informations sérieuses et les boutades entre frères.  

Si plusieurs auditeurs de la chaîne d’information apprécient le caractère convivial et même rassurant de leurs échanges, je ne peux m’empêcher de ressentir un petit malaise lorsque je les écoute. Les deux hommes n’apprécient guère le président, et certains segments de leurs conversations donnent l’impression d’être des règlements de comptes. Comme on répète l’exercice régulièrement, on ouvre la porte aux accusations de partisanerie. Imaginez que Fox News utilise une stratégie similaire... 

La cote de popularité de Cuomo est donc particulièrement élevée ces jours-ci. Si on peut se réjouir du fait que les New-Yorkais ou des Américains soient rassurés par sa présence, je trouve cependant qu’on exagère énormément quand on prétend qu’il devrait être considéré comme candidat démocrate. La situation actuelle est extraordinaire et nous serons surpris par bien des retournements de situation, mais Joe Biden, sauf accident, est et sera le candidat démocrate.  

Si, depuis deux semaines, Cuomo inspire par son leadership, n’oubliez pas qu’il a derrière lui une longue carrière politique et qu’on ne le ménagerait pas s’il devenait le candidat démocrate. Une simple petite recherche sur Google (ou tout autre moteur de recherche!) permet de retrouver ses décisions ou ses déclarations les plus controversées. Quelques «squelettes dans son placard» pourraient bien revenir le hanter et lui compliquer l’existence.  

Ce que révèle surtout le slogan «Cuomo for president», qu’on peut entendre ou voir depuis peu, c’est à quel point la candidature de Biden en est une de compromis. Vous le saviez déjà, mais Biden ne suscite pas l’enthousiasme. On se range derrière lui parce qu’on croit qu’il peut vaincre Trump sans nous imposer une révolution à la Bernie Sanders.  

En observant les sondages depuis le début des primaires, les stratèges démocrates, dont la confiance en Joe Biden a été ébranlée par moments, ont noté une constante dans les résultats: quand on interroge les Américains sur ses chances de sortir l’actuel président, ils répondent toujours en faveur de l’ancien vice-président.  

Joe Biden est là pour de bon et ses forces sont encore plus grandes que ses faiblesses. Le vieux routier connaît la joute politique et il n’a pas tardé à souligner le très bon travail de Cuomo depuis le début. Les deux hommes pourraient bien continuer à collaborer si Biden entre à la Maison-Blanche, mais Cuomo ne sera ni le rival de l’Oncle Joe ni son colistier.