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Steven Butler: mon rêve, sa réalité

Boxe Entra�nement public
Photo d'archives, Pierre-Paul Poulin Steven Butler garde la forme et tente de rester positif malgré le confinement.

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On était à Murake, dans le sud de la Californie, pas très loin de San Diego. 

Ça n’allait pas très bien. La pesée avait eu lieu, il y a une heure ou deux, et Steven Butler n’avait pas été très gentil envers son adversaire. 

La gérante de l’adversaire, une jeune femme de 30 ans, cheveux noirs style mexicain, pleurait tellement elle avait de la peine. J’avais le goût de la consoler, mais je ne savais pas son nom. 

Ça allait encore plus mal parce que j’ignorais le nom de son boxeur. Plus je cherchais et plus ça rassemblait à Plamondon. Mais pourquoi deux Québécois seraient-ils venus se battre dans une réserve amérindienne dans le désert du sud de la Californie ? 

J’étais presque gêné d’appeler au pupitre pour avouer que je n’avais pas le nom du boxeur et que Steven Butler était parti en beau joualvert sans parler à personne. Disons que je ne me sentais pas très bien. Un peu taouïn.  

C’est là que je me suis réveillé... 

L’EFFET DU CONFINEMENT 

Il était cinq heures du matin. J’étais à Sainte-Adèle. Pas dans une réserve imaginaire. C’était le quatrième ou cinquième rêve de job que je me tapais depuis le confinement. Si vous voulez savoir, les Jeux de Tokyo vont être merdiques, j’y étais la semaine dernière et rien ne fonctionnait. Et puis, quand t’es rendu que tu rêves à Luc et Jean-Claude Grenier, les Grenier et Grenier des sports du Journal, il est temps que t’écoutes une autre série que Freud à la télé. Mais le 6e épisode est vraiment bon. 

Sans doute que 49 ans et 50 semaines de journalisme, ça occupe le subconscient. 

J’ai noté les grandes lignes de mon rêve. Pourquoi Steven Butler ? J’aurais pu rêver à Kim Clavel ? Mais là, il aurait fallu inclure Laurent Poulin dans le rêve. Encore mieux rêver à Butler. 

Ça me chicotait au petit-déjeuner. Maudit rêve plate. J’ai appelé Steven Butler. Pour voir comment se vivait la réalité. Sa réalité. Surtout que Steven Butler est le premier athlète professionnel en Amérique dont l’événement a été annulé. 

« C’est vrai, on a été les premiers coupés dans le sport. Je l’ai appris à six heures (18 h). J’étais à l’hôtel pour me reposer après la pesée. Vers six heures moins le quart, je me suis dit que j’irais prendre un Tim Horton en marchant. J’ai décidé de me rendre au gymnase pour voir Mike Moffa et Mathieu Germain en leur apportant un café. C’est là que la nouvelle nous est tombée dessus. Je pensais que François Duguay faisait une blague. Cinq minutes plus tard, Camille Estephan m’appelait. Il voulait me rassurer et espérait présenter les combats à la télévision sans spectateurs », raconte Butler. 

Le réel. Celui qui était de bonne humeur hier. 

PROFITER DU TEMPS 

C’est sûr que Butler a passé par toute la gamme des émotions. Au début de la quarantaine, il se réjouissait de pouvoir s’entraîner encore plus à fond avec Mike Moffa. Puis, il a réalisé qu’il serait confiné à la maison. 

« J’ai vraiment décidé de bien vivre cette situation exceptionnelle. Comme boxeur, je m’entraîne le matin et à la fin de l’après-midi, il y a les massages, les commanditaires que l’on doit rencontrer, on est rarement à la maison. Et on doit toujours s’adapter, improviser. Tout change tellement vite à la boxe. Je me suis adapté. Je profite du bon temps en famille. J’en profite et ça fait du bien à l’âme », dit-il. 

Il reprend : « Je me lève assez tôt pour jouer au Playstation avec Mason. Il a trois ans et demi et il est hyperactif. Comme je l’étais. D’habitude, il va à la garderie et il peut dépenser son énergie avec les autres enfants. Il apprend vite. Mais là, il faut gérer cette énergie à la maison. Surtout qu’on a un deuxième bébé de sept mois. On a acheté plein de jeux. Mais des fois, c’est pas mal rock and roll », raconte Butler en souriant. 

PRÊT POUR LA RELANCE 

Il s’est organisé un gymnase dans sa nouvelle maison. Tapis roulant, vélo, musculation. 

« Je fais une heure de jogging pendant que ma femme fait sa gym avec un live de Facebook. Plus tard, je fais de la musculation. Je pèse 177 livres, mais j’ai perdu un peu de musculation. Je suis moins gonflé, moins découpé, mais je suis sérieux », dit-il. 

Chaque jour Camille Estephan l’appelle. Il le tient au courant des dernières nouvelles. 

« Mais surtout, il veut s’assurer que je m’entraîne sérieusement. Selon lui, quand ça va repartir, il va falloir être prêt. Les gens vont s’être ennuyés. Alors, je fais ce qu’il faut pour rester prêt », de dire Butler. 

C’est vrai, ça va repartir un jour. Il y a toujours eu de la boxe. Même dans les jours les plus noirs et les pires dépressions.

 Le point de presse de Geoff Molson

 Le samedi 28 mars, c’était le jour prévu du point de presse de Geoff Molson. Vers 4 heures de l’après-midi.

Il aurait dit quoi ?

Qu’il est encouragé par la belle remontée de Laval. Que la relève est extraordinaire.

Un journaliste lui aurait demandé si le CH devait absolument faire les séries la saison prochaine. Molson aurait répondu que l’équipe devait continuer de progresser.

– Mais elle ne progresse pas ?

– Heu...

Et Paul Wilson, le grand relationniste, aurait pris la parole...