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La COVID-19 et la guerre des boutons

La COVID-19 et la guerre des boutons
Photo AFP

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Lorsqu’on envoie une armée au front, il faut s’assurer que ses arrières seront en mesure de l’approvisionner en armes, munitions, nourritures, soins médicaux, etc... 

Mais qui est donc l’ennemi à combattre dans cette guerre à finir? En fait, nous faisons face à deux guerres mondiales en parallèle. La première vise à anéantir l’ennemi commun qu’est la COVID-19. Cependant, mis à part le partage des données scientifiques, il n’y a pas d’alliances entre les différents pays pour mener à terme ce combat. C’est ce qui a provoqué une deuxième guerre pour le contrôle de l’approvisionnement en matériel médical. 

En effet, à l’image de la guerre des boutons, chaque pays veut arracher le matériel médical de l’autre et se l’approprier pour soutenir sa propre armée et ainsi, condamner les armées des autres à combattre la COVID-19 entièrement nues. 

C’est ce qui s’est produit le 2 avril lorsque deux avions ont été détournés vers les États-Unis avec à bord des commandes de masques destinés au Québec et à la France. Le Québec est-il capable de tenir son bout dans cette seconde guerre et alimenter son armée en matériel médical et en soutien logistique?  

Le Québec a pour voisin le pays le plus infecté par la COVID-19 qui est de surcroît la plus grande puissance économique de la planète. De plus, son président est en campagne électorale avec les slogans «America First» et «Make America great again». Il faudrait être naïf pour croire que le président Trump va accepter de se départir de son matériel médical pour aider le Canada et le Québec dans sa bataille.  

Au contraire, la stratégie américaine était prévisible depuis longtemps. Rappelez-vous le 16 mars dernier lorsque Donald Trump a proposé un prix élevé pour se réserver les droits exclusifs du vaccin développé par les scientifiques allemands du laboratoire CureVac. Les Allemands ont rapidement imposé une fin de non-recevoir et offert des subventions pour stopper les convoitises américaines. Une armée peut-elle se fier à un pays étranger pour assurer son approvisionnement et ses arrières? Les Américains et les Allemands ont répondu non à cette question. 

Ce qui est particulièrement inquiétant, c’est que le premier ministre Justin Trudeau a vanté l’entreprise Bauer qui s’est offerte pour livrer des visières de protection. Comment peut-il ignorer que Bauer est une entreprise à 100% américaine alors qu’il a insisté pour que la production locale soit réalisée par des entreprises canadiennes. Il y a fort à parier que la direction de Bauer va recevoir bientôt un appel du président Trump lui ordonnant de diriger toutes les matières premières disponibles vers son usine aux États-Unis et fabriquer pour le peuple américain, ce que j’appelle leur «casque de hockey modifié en visière».  

En effet, un autre problème à résoudre sera la disponibilité de la matière première pour produire le matériel médical. La pandémie n’est qu’à son début et les technocrates des gouvernements canadien et québécois ont une vision à court terme en négligeant de se doter d’une stratégie d’approvisionnement à moyen et long terme pour alimenter la production locale.  

Si on veut assurer les fournitures médicales à long terme, il faut mettre en place rapidement une force manufacturière en lui assurant la disponibilité au Québec des ressources humaines spécialisées, des matières premières et de la machinerie suffisantes. La vision gouvernementale actuelle risque de mettre en péril l’approvisionnement de nos hôpitaux dans un avenir rapproché. Il faut que nos dirigeants comprennent que toutes les entreprises ou tous les citoyens qui veulent contribuer à l’effort collectif se verront réduits à néant et neutralisés s’ils n’ont pas accès aux matières premières et aux machines nécessaires à une production soutenue. Les deux avions détournés le 2 avril ne sont que le début d’une longue guerre que les États-Unis mènent pour s’approprier toutes les ressources et les matières premières de la planète.  

À vouloir importer la pauvreté, un pays ne peut que s’appauvrir. On importe des masques fabriqués en Chine à 20 cennes, on oublie de tenir des inventaires de matières premières pour nos entreprises et on donne 2000$ par mois aux travailleurs en chômage. Comme le dit Félix : «Non vraiment je reviens aux sentiments premiers. L'infaillible façon de tuer un homme, c'est de le payer pour être chômeur. Et puis c'est gai dans une ville ça fait des morts qui marchent.» 

Denis Robichaud est professeur à l'Université Téluq