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Le «Caligula» d’Albert Camus et Donald Trump

Donald Trump
Photo AFP Donald Trump

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La semaine dernière, dans Le Journal, Guy Fournier se demandait s’il fallait relire La Peste du Prix Nobel de littérature Albert Camus et Gabriel Beauchemin présentait l’auteur dans un article intitulé «Camus à l’heure du coronavirus».  

La pandémie qui s’abat sur la planète donne une nouvelle vie au roman phare de Camus, qui décrit comment une épidémie de peste perturbe la vie des habitants de la ville d’Oran dans les années 40. Les gens sont en quarantaine, ils meurent, des médecins s’épuisent à tenter de sauver des victimes. Les ventes du livre sont en hausse partout dans le monde et les éditeurs commandent des réimpressions.   

Camus est l’un de mes auteurs favoris. J’ai regretté d'avoir raté sa pièce Caligula lorsqu’elle a été présentée au TNM en 2017, dans une mise en scène de René Richard Cyr. Ça m’a cependant incité à la relire. Et à y trouver des parallèles avec la situation actuelle aux États-Unis. Je ne parle pas de l’épidémie, mais de Donald Trump.  

Avant même qu’il soit élu président des États-Unis, on le comparait déjà à l’empereur romain Caligula. Après son élection, les comparaisons se sont multipliées. Caligula («petite sandale» en latin!) vivait comme Trump dans une «réalité alternative absurde» qu’il imposait à Rome.  

Il existe des analogies fascinantes entre les actions et le succès de Trump et ce qui se passait à Rome il y a 2000 ans. Caligula est entré dans l'histoire comme l'un des empereurs romains les plus fous, les plus cruels et les plus malveillants. Son nom est synonyme des pires excès du pouvoir absolu.  

Les similitudes entre le règne imprévisible et chaotique de Caligula, ses problèmes mentaux, et l'administration et la personnalité du 45e président des États-Unis sont nombreuses et surprenantes.  

Lorsque Caligula est devenu empereur romain, en 37 après J.-C., il s'est initialement concentré sur la dénonciation de son prédécesseur et l'annulation de tout ce qu'il avait fait. Comme Trump avec Obama.  

Il a fait des promesses de projets grandioses, comme celui de percer l'isthme de Corinthe. Ça rappelle le mur mexicain de Trump. Mais Caligula n'avait aucune expérience significative du gouvernement et il s'est avéré totalement incompétent pour faire avancer les choses. Caligula a vidé le trésor de Rome avec ses extravagances. Trump préside à une montée en flèche de la dette nationale américaine. La pandémie de COVID-19 ne va pas aider les choses.  

Une dissemblance, cependant, entre les deux hommes: Caligula possédait une bonne culture et était un excellent orateur. Si Trump peut être aussi cinglant que Caligula, il est, contrairement à l’Empereur, inculte et peu éloquent, avec un vocabulaire limité et répétitif.  

L’Empereur romain était un populiste, comme Trump. Caligula voulait gouverner en tant qu'autocrate et il méprisait la prétention du Sénat à l'exercice d'un quelconque pouvoir.  

L'historien britannique Tom Holland note que, comme Caligula, «Trump a dit et fait des choses qui sont tout à fait choquantes selon les normes de la morale politique traditionnelle, mais, loin de le rendre impopulaire auprès des masses, cela a fait de lui le héros du peuple».   

Il ajoute que «Caligula ne s'intéressait pas aux valeurs traditionnelles de Rome. Il les méprisait». À l’instar de Trump, il aimait blesser et humilier les gens. Caligula, narcissique et mégalomane, est devenu de plus en plus dérangé. Il ne tenait pas ses promesses et son équilibre mental était de plus en plus mis en doute. Il a été assassiné par un membre de sa garde.  

Nicolas Kristoff écrit dans le New York Times: «Même la plus grande des nations peut être affligée d'un leader catastrophique, mais la nation peut survivre à l'épreuve si ses citoyens restent fidèles à ses valeurs, ses institutions et ses traditions. C'était vrai il y a deux millénaires et cela reste vrai aujourd'hui.»   

Cela sera-t-il le cas aux États-Unis à l'ère de Trump et du coronavirus?