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Tous les jours dimanche

Tous les jours dimanche
Photo d'archives, Stevens LeBlanc

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Tous les jours, je vois passer des marcheurs dans ma rue sur la falaise de Lévis. Plusieurs sont seuls, d’autres en couple et respectent la distance imposée entre chacun, des couples mariés mais aussi de simples amis.  

Parfois, on promène un carrosse de bébé ou on se laisse entraîner par un toutou curieux, des compagnons et compagnes de toutes les races, des petits, des moyens et des gros. Tout le monde a bonne mine. L’air est pur, sans bruit, on entend la respiration du vent, on se laisse imbiber par la lumière des paysages panoramiques sur le grand bleu, on se croirait dimanche.

Oui, ces dimanches avant que les marchands gourmands en profit mobilisent leurs employés pour travailler pendant ce traditionnel jour de repos. Et ces obsédés du bénéfice personnel ont mené une terrible campagne publicitaire pour voler ce jour nécessaire, bien enraciné dans notre histoire. Il fallait consommer 7 jours par semaine, ouvrir le commerce jusqu’à la noirceur. Le repos familial devenait fatiguant surtout le temps d’arrêt dominical. Il n’y avait plus de temps pour les repas en famille, de temps pour l’accueil de la visite, enfant, ami et parenté, plus de temps pour les promenades aux alentours avec arrêts inoubliables pour pique-niquer. Le seul concert qui tenait sens était celui donné par la musique de la caisse enregistreuse.

Aujourd’hui, on vit le dimanche à longueur de semaine. Le repos total. Bien sûr, les rencontres sont proscrites. Mais on découvre la lenteur, le plaisir de vivre ensemble, en couple, en famille, cuisiner avec de nouvelles valeurs, de jouer, de parler, de raconter et de préparer mille projets. Nos têtes sont remplies par les gazouillis printaniers. On se promet qu’on n’ira plus en croisière courir après les virus et les puces de lit. Les voyages dans les pays étrangers seront de plus en plus réfléchis. Le tourisme de consommation pollueur va connaître une dégringolade au profit des découvertes de notre pays, de nos régions, de nos merveilles incommensurables.  

Étonnamment, toute la presse joue présentement le grand théâtre de la maladie, tout est vert pâle à la journée, la couleur préférée de circonstance. Personne n’ose parler de poésie, de plaisir de vivre, personne ou à peu près ne critique la société qui est en train de passer, très peu parlent d’humanité lumineuse. Ni de la santé de notre terre qui prend du mieux.

Oui, on va chercher à retrouver l’esprit et la lettre du dimanche d’antan sans refuser le concert des cloches de la grand-messe pour ceux qui entretiennent toujours le feu de leur foi. C’était nous!

Michel Lessard, Ph. D., historien