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Coronavirus: les Chinois rapatriés pas toujours bienvenus chez eux

Coronavirus: les Chinois rapatriés pas toujours bienvenus chez eux
AFP

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BEIJING | Les étudiants chinois à l’étranger qui fuient l’épidémie de COVID-19 et rentrent au pays doivent affronter l’accueil hostile en Chine d’une partie de l’opinion, laquelle voit en eux des enfants gâtés - potentiellement porteurs du coronavirus. 

Le nombre officiel de nouvelles contaminations en Chine a plongé ces dernières semaines. Mais les autorités tentent désormais d’enrayer l’arrivée sur le territoire de cas «importés» qui pourraient déclencher une deuxième vague épidémique. 

Beijing a réduit drastiquement le nombre de liaisons aériennes internationales et interdit l’entrée du pays aux étrangers. Les Chinois représentent ainsi désormais la quasi-totalité des arrivées - et parmi eux figurent de nombreux étudiants.  

Ces retours ressuscitent certaines tensions dans la société, alimentées par des messages sur les réseaux sociaux qui dépeignent ces étudiants comme ingrats. Mais aussi par le comportement incivique d’une minorité d’entre eux. 

«L’opinion chinoise ne nous accueille pas vraiment à bras ouvert, et les lieux où il faut effectuer les quarantaines obligatoires à notre retour sont plus ou moins bons», explique à l’AFP Hestia Zhang, étudiante en master à l’université Yale. 

Les États-Unis représentent désormais près d’un quart des contaminations au niveau mondial. Mais elle dit préférer rester à l’isolement sur son campus américain plutôt que rentrer en Chine. 

«Il y a aussi le risque d’être infectée sur le chemin. Alors, autant rester ici et attendre», assure Hestia. 

Riches et arrogants

Une étudiante rentrée en Chine mardi accueille avec philosophie l’hostilité d’une partie de ses compatriotes. «Je n’ai d’autre choix que de l’accepter», explique la jeune fille qui se présente sous le nom de Cathy par crainte d’être identifiée. 

Un peu moins de la moitié des 800 cas importés de coronavirus seraient dus à des étudiants chinois de retour au pays, selon Beijing. La plupart des rapatriés doivent passer 14 jours de quarantaine dans des hôtels.  

Mais une vidéo montrant une jeune femme tentant de s’échapper de son isolement forcé à Qingdao (est) a déclenché un tollé sur internet. 

Un autre clip montrant à Shanghai une jeune femme en quarantaine ordonnant à des employés de lui servir une bouteille d’eau minérale a également enflammé les esprits. 

«Ils profitent bien de leur pays, et ensuite se mettent à le dénigrer dès qu’ils n’en ont plus besoin. Pas besoin de rapatrier ces gens-là», écrit un utilisateur du réseau social Weibo, s’attirant des milliers de «J’aime». 

Selon des préjugés bien ancrés, les étudiants à l’étranger sont souvent perçus en Chine comme des gens arrogants, riches, ou encore qui posséderaient des nationalités d’autres pays, résume Yik Chan Chin, professeur de communication à l’université de Xi’an Jiaotong-Liverpool. 

«Patriotiques»

La majorité des 1,6 million d’étudiants chinois à l’étranger y est toujours, selon le ministère de l’Éducation.  

Parmi eux, les candidats au retour sont nombreux, mais les obstacles sur leur route sont dissuasifs : le prix des billets devenu astronomique, des liaisons aériennes épuisantes avec escales multiples, et le risque d’être infecté en route.  

Beijing a envoyé lundi un avion nolisé récupérer 200 étudiants bloqués en Éthiopie après l’annulation soudaine de leur vol de transfert vers la Chine. Un autre avion est parti cette semaine ramener des étudiants depuis le Royaume-Uni, selon le ministère des Affaires étrangères. 

«J’espère que ces rapatriés seront consciencieux et patriotiques. Pas une bande de pauvres imbéciles qui haïssent la Chine et ne pensent qu’à vivre dans le luxe», écrit un internaute sur Weibo. 

Mais ces étudiants inspirent également de la sympathie à beaucoup de leurs compatriotes. Car au tout début de l’épidémie, un certain nombre ont expédié depuis l’étranger masques, gants et combinaisons intégrales vers leur pays. 

«Qui a acheté tous les équipements de protection dans les supermarchés du monde entier pour les envoyer en Chine ? Les étudiants à l’international !», résume sur Weibo le réalisateur chinois Lu Chuan.